El Hadj Hamidou Kassé, une poésie à la densité lyrique exceptionnelle

Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire.
Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
La poésie est un genre littéraire très ancien, qui existait déjà sous l’antiquité, aux formes variées, écrites généralement en vers mais qui admettent aussi la prose, et qui privilégient l’expressivité de la forme, les mots disant plus qu’eux-mêmes par leur choix (sens et sonorités) et leur agencement (rythmes, métriques, figures de style). Sa définition se révèle difficile et varie selon les époques, au point que chaque siècle a pu lui trouver une fonction et une expression différente, à quoi s’ajoute l’approche propre à la personnalité de chaque poète.
El Hadj Hamidou Kassé, journaliste, écrivain et poète, est l’auteur de plusieurs productions littéraires qui font la part belle à une expression poétique tout en grandeur, en profondeur et tout en nuance.
Avec ce nouveau recueil, Les lueurs de la vraie vie, Suivi de Le Café des Arts de Dakarla poésie d’El Hadj Hamidou Kassé est probablement à l’apogée d’un langage poétique unique. Elle contient une grande expérience de l’écriture qui s’inscrit dans une créativité stylistique extraordinaire. Les envolées poétiques sont d’une grande densité, toujours remarquables. La parole du poète est ici transcendée par une incarnation poétique et narrative qui, puissante, s’élève bien au-delà du caractère sémantique.
Je suis l’Afrique
au dos habillé
et au geste de baiser salé
debout
humant les écumes des marées éperdues
de son nez épaté
debout
depuis les débris antiques
les éruptions volcaniques
depuis les épreuves pyramidales
debout…
De cette langue épurée, purifiée de tout maniérisme, et d’une grande beauté sensible, le poète s’engage à raconter l’Afrique, comme une épopée historique, comme un survol géographique et culturel du continent.
Surgit des échos de quatre cents et de viole
mon matin de Cap Vert
bordé de silence
mon matin muté en mots neufs
mots brillent dans les allées sinistres de l’océan
mon matin habité
ensorcelé
subjugué
matin mûr de l’Afrique rebelle.
Il y a tant à dire de l’histoire africaine, de ses splendeurs antiques, de ses cicatrices profondes, de sa résilience, de sa renaissance par une histoire réhabilitée, que le flux poétique s’allonge et suit une inspiration qui, de vers en vers, d’éblouissements en lumières, de blessures en meurtrissures, se charge de nuages et de métaphores de plus en plus éprises de poésie.
Dans la fièvre des tranchées de peine et de douceur
je suis le poète des soleils nocturnes
désencombré des mémoires défaites
libre de toutes les ruminations
je suis l’écho au présent de cette puissance stellaire aux noms étranges
qui danse dans mon cœur
L’expression poétique d’El Hadj Hamidou Kassé a une résonance singulière car elle s’attache aux mouvements cadencés et imprévisibles, tout en recherchant la précision lexicale et de ses effets rythmiques. Et la voix du poète ne peut s’éteindre tant que le souffle littéraire se régénère à la vérité, à l’extrême onctuosité des mots, à la grande complexité du verbe qui trouve sa source dans les abîmes du temps.
Des batailles il en fut
Tamango Ô !
Tam-tam qui résonne encore
Dans les échos des révoltes éparses
Profond regard de refus aux preuves tangibles
Sur les routes de l’histoire
La géométrie est variable
La grandeur de la poésie d’El Hadj Hamidou Kassé est à elle-seule l’évidence d’une grande attention à la langue qui se nourrit de tous les symboles et de toute la délicatesse d’une stylistique à la fois grandiose et sobre par sa liberté et sa finesse artistique.
Je boirai le bleu
les bouts de mer sur le sable crépusculaire
dans la clameur insulaire de Ngor
et si c’est là-bas
bis
dans le désert de l’îlot Sarpan
j’y serai
dans le creux de ton sourire ébène.
Ainsi, malgré le temps et l’expérience esthétique et poétique qui pourrait se tarir, El Hadj Hamidou Kassé parvient à faire s’élever les ailes de la création et à nous saisir par la beauté expressive d’une poésie dont les dimensions stylisées sont des merveilles renouvelées de notre patrimoine littéraire contemporain.
Amadou Elimane Kane est écrivain poète.
Les lueurs de la vraie vie, Suivi de Le Café des Arts de Dakar, El Hadj Hamidou Kassé, recueil de poésie inédit, 2025.
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