Société, Culture

l’arbitrage financier du gouvernement qui a poussé l’Élysée à dépêcher un émissaire à Dakar

Face aux tensions sur les liquidités publiques et à l’approche d’une échéance financière majeure en mars, les autorités sénégalaises opèrent des choix stricts dans le règlement de la dette. Une hiérarchisation des priorités qui n’est pas sans conséquence sur les relations bilatérales du pays.

Selon les informations relayées par Le Quotidien, le Sénégal doit honorer un paiement de plus de 221 milliards de francs CFA au titre de son eurobond en mars prochain. Cette somme s’inscrit dans un encours mondial de 747 milliards dus aux différents bailleurs pour l’année en cours. Avec des recettes fiscales mensuelles réalisées à environ 360 milliards de francs CFA, les services du ministre des Finances, Cheikh Diba, sont contraints d’établir un ordre de priorité dans les décaissements.

L’objectif principal du ministère est de prévenir tout défaut de paiement sur le marché des euro-obligations. Un tel incident entraînerait une dégradation immédiate de la note souveraine du Sénégal par les agences d’évaluation telles que Moody’s ou S&P, restreignant ainsi l’accès du pays aux marchés financiers internationaux. Pour sécuriser cette échéance de mars, le gouvernement a opté pour le gel temporaire des remboursements prévus à certains partenaires bilatéraux.

Cette décision affecte directement l’Agence française de développement (AFD). Le Quotidien indique que l’institution attend depuis près de deux mois le règlement d’une créance dépassant les 20 milliards de francs CFA. Face à ce retard, le ministère français des Finances a vraisemblablement saisi les autorités sénégalaises. La démarche a ensuite été portée au niveau diplomatique : Emmanuel Macron a dépêché à Dakar son conseiller Afrique, Jeremy Robert. Ce dernier a été reçu par le Président Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko afin de trouver une issue à ce dossier.

La France n’est pas le seul concerné par ces mesures de restriction. La China EximBank, principal partenaire bilatéral du Sénégal en volume d’engagement, ainsi que la Turquie et le Royaume-Uni, font face à des situations similaires. Ces décalages de paiement entraînent certains bailleurs à converger vers la position du Fonds monétaire international (FMI), qui préconise une restructuration de la dette sénégalaise.

Cette option est fermement écartée par le chef du gouvernement. Ousmane Sonko s’oppose à toute restructuration dictée par les institutions de Bretton Woods, et voit une atteinte à la souveraineté économique et le prélude à un ajustement structurel. En alternative, l’exécutif s’appuie sur le Programme de redressement économique et social (PRES), qui prévoit notamment un élargissement de l’assiette fiscale pour augmenter les recettes du Trésor public.

En parallèle de ces tensions sur la dette bilatérale, le Sénégal maintient son activité de levée de fonds sur le marché financier de l’UEMOA, où ses émissions de bons et d’obligations continuent d’être couvertes. Le journal Le Quotidien relève à ce titre une dynamique spécifique : au cours des deux derniers mois, les souscriptions aux titres sénégalais ont été majoritairement portées par des investisseurs en provenance du Togo.

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