l’armée importe une doctrine d’assaut russe spécifique pour tenter de briser la rébellion

La guerre civile au Myanmar, qui entre dans sa sixième année, connaît un tournant stratégique majeur. Alors que la junte militaire fait face à une résistance tenace des groupes armés rebelles, son isolement diplomatique vis-à-vis des pays occidentaux l’a poussé à consolider ses alliances. Si la Chine conserve une influence politique de premier plan dans la région, c’est une autre puissance mondiale qui redessine actuellement la dynamique sur le champ de bataille, en fournissant à la fois un appui technologique et un nouveau modèle tactique.
Moscou s’est imposé comme le partenaire de défense le plus crucial du régime birman. Selon les éléments rapportés par Al Jazeera, l’armée du Myanmar ne se contente plus d’acquérir du matériel : elle a directement intégrée des doctrines militaires russes liées au front ukrainien. Ian Storey, chercheur à l’Institut ISEAS-Yusof Ishak, souligne que les généraux birmans ont adopté la tactique dite des « assauts carnés ». Cette méthode consiste à lancer des vagues d’infanterie successives contre les lignes défensives ennemies, au prix de pertes humaines considérables. Pour alimenter ces offensives, la junte s’appuie sur une conscription nationale instaurée en 2024, qui a permis d’incorporer près de 100 000 nouveaux soldats.
Sur le plan technologique, l’avantage fourni par la Russie s’avère déterminant. L’armée birmane a reçu des avions de chasse Sukhoi Su-30, des hélicoptères d’assaut Mi-38T, ainsi qu’un arsenal complet de drones de surveillance et de frappe (Albatross-M5, Orlan-10E et des modèles kamikazes VT-40). Pour structurer cette nouvelle capacité, le régime a même créé une Direction de la guerre des drones en 2024. Cette suprématie aérienne à de lourdes conséquences sur le terrain : les Nations Unies ont enregistré une augmentation de 52 % des décès civils liés aux frappes aériennes en 2025. Le groupe de surveillance des conflits ACLED a recensé plus de 5 900 raids aériens entre février 2021 et mars 2026.
Cette coopération militaire fonctionne dans les deux sens. En 2023, les services de renseignement ukrainiens avaient révélé que Moscou avait sollicité le Myanmar pour récupérer des composants militaires, notamment des systèmes de visée optique, afin de moderniser les chars russes T-72 destinés au front ukrainien. Le partenariat s’est depuis élargi à l’installation d’un centre d’imagerie satellite à Naypyidaw, la capitale birmane, offrant à la commune une vision précise des positions rebelles.
Face à ce déploiement de force, les groupes rebelles birmans se tournent également vers l’expérience ukrainienne. Anthony Davis, analyste en sécurité, indique à Al Jazeera que les forces d’opposition testent depuis fin 2025 des drones FPV (First-Person View) filoguidés par fibre optique. Cette technologie présente l’avantage d’être insensible au brouillage électronique russe. Toutefois, un ancien médecin militaire birman ayant fait défection précise que la résistance souffre d’un manque d’approvisionnement structurel, ne bénéficie d’aucun soutien logistique occidental comparable à l’appui que Moscou fournit à la junte.



