L’Assemblée Adobe Sonko et menace Diomaye

Lors de la session plénière portant sur l’adoption de la loi contre l’homosexualité, hier, les députés de Pastef ont presque plébiscité Sonko, certains s’en prenant violemment au président de la République.
« Standing ovation » pour le Premier ministre Ousmane Sonko. Insultes pour le Président Bassirou Diomaye Faye et les locataires de l’ancien régime. C’était la principale information ressortie de plusieurs heures de discussion à l’Assemblée nationale autour de la loi dite de renforcement contre l’homosexualité. Comme à son habitude, le thuriféraire de Sonko Serigne Bara Ndiaye a été le plus virulent, le plus incendiaire à la rencontre du chef de l’État.
Il y a quelques jours, à l’occasion de l’assemblée générale de la coalition Diomaye Président, Aminata Touré avait rappelé les dispositions constitutionnelles selon lesquelles le président de la République est le chef suprême des armées, qu’il préside le Conseil supérieur de la magistrature…. Bara Ndiaye interprète à sa manière cette déclaration de la haute représentante du chef de l’État. “…Quand elle lui dit vous êtes le chef suprême des armées, cela veut dire prendre les armes et tuez les enfants. Quand elle dit vous êtes le président du Conseil supérieur de la magistrature, elle demande d’ouvrir les prisons et d’emprisonner ses enfants”, accuse le très virulent député qui invite ses camarades à prendre au sérieux de telles menaces. « Elle lui avait dit de trahir Sonko, personne n’y croyait, mais il l’a fait », avertit-il.
Les attaques virulentes de Bara Ndiaye
Bara Ndiaye ne s’en est pas limité. Il a aussi proféré des menaces dirigées au chef de l’État. Ce dernier doit savoir, selon lui, qu’il n’est pas comme Sall qui était non seulement au bord de la retraite, mais qui n’a ni père ni mère au Sénégal (les deux ne sont plus de ce monde). “Lui il a un père, une mère, deux jeunes épouses et des enfants. Qu’il sache qu’à Pastef, il n’y a qu’un peureux ; il s’appelait Diomaye Faye. S’il nous déclare la guerre, on ne reculera d’un iota. On le combattra et on le délogera, comme on l’a fait avec Macky Sall”, assène-t-il. Pour lui, si Diomaye veut la paix, il n’a qu’à obéir à Sonko.
Diomaye était ainsi la cible de plusieurs attaques. Direct comme indirect. D’autres s’en ont pris violemment à Aminata Touré et Dr Abdourahmane Diouf que certains ont traité d’énergumènes. «Cette majorité, elle est sonkiste», a réagi Abdourahmane Diouf qui dit regretter d’avoir le même nom que le ministre de l’Environnement. Nous profitons de cette occasion pour répondre à cet énergumène qui est sorti dernièrement pour nous parler de majorité diomayenne», a-t-il soutenu.
Les députés ont ainsi donné le ton. La seule constance à Pastef reste le Premier ministre et ils semblent fins prêts pour s’ériger en bouclier pour le protéger. À l’instar de ses collègues, Ndeye Marie Sané a également rendu un hommage appuyé au PM qu’il présente comme le porteur de ce projet contre l’homosexualité, le gardien de la révolution sénégalaise. “Cette majorité qui s’apprête à voter cette loi est sonkoiste, elle appartient à Sonko. Si quelqu’un veut sa majorité il n’a qu’à faire comme lui, aller la chercher”, at-elle réaffirmé.
La crainte d’une crise institutionnelle
Comme pour engager une bataille institutionnelle, certains n’ont pas manqué d’exiger l’accélération des réformes constitutionnelles. Mme Sané estime que le Parlement doit prendre l’initiative. «Il devient plus que jamais nécessaire d’engager, en tant que parlementaires, une révision courageuse de la constitution, comme nous le permet l’article 103 de la constitution qui dit que l’initiative de la révision appartient concouramment au président de la République et aux députés», indique la parlementaire qui précise : «Une constitution n’a de légitimité que lorsqu’elle reflète fidèlement les valeurs et les aspirations souveraines du peuple qu’elle est censée organiser.»
Saliou Ndione a abondé dans le même sens. Le 31 décembre, le Président avait annoncé pour le premier trimestre les projets de réformes, notamment le code électoral avec les articles 29, 30 et 31, rappelle-t-il, demandant au chef de l’Etat de passer à l’acte.
Dans la même logique que leur chef qui dit perdre espoir par rapport à la reddition des comptes, des députés ont accusé le président de la république de mettre sous le coude certains rapports. “Les rapports sont mis sous le coude pour des raisons qui relèvent plus du copinage politique que de l’exigence de transparence et de bonne gouvernance pour lesquelles nos concitoyens nous ont fait confiance. La reddition des comptes est une promesse faite aux Sénégalais et nous devons la respecter”, a soutenu l’un d’eux.
Par ailleurs, alors que la constitution attribue la prérogative d’initier une procédure parlementaire au président de la République et au parlement, les députés, eux, ont carrément ignoré Diomaye. Il y en avait que pour Sonko comme seul et unique porteur de cette loi. « Seul Sonko a osé porter cette loi et seuls ses députés osent le voter », a chargé le député Bara Ndiaye.
Quand voter une loi devient un exploit
A en croire les députés de Pastef, la journée d’hier a été historique. Alors que leurs détracteurs parlent de reculade par rapport à leur promesse de criminalisation, eux parlent de vrai courage et d’audace. “Ce jour marque l’affirmation irréversible de la souveraineté législative du Sénégal. Une nation libre et souveraine doit assumer pleinement sa souveraineté législative. Le Sénégal n’est pas un modèle d’expérimentation pour des modèles venus d’ailleurs. Aucun lobby, aucune pression extérieure, aucune injonction ne saurait dicter au peuple sénégalais la manière dont il entend organiser sa société», a plaidé Ndeye Marie Sané, qui ajoute : «En votant cette loi, nous n’accomplissons pas un simple acte législatif, nous posons un acte de souveraineté.»
Pour sa part, Ismaila Wone a appelé la société à soutenir ce projet, contre les pressions occidentales. ”Depuis que le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé cette réforme, les médias internationaux se sont mis à produire des textes pour attaquer non seulement notre leader, mais aussi le projet. Tout peuple, toute nation, à le droit d’incarner ses propres valeurs. Autant nous acceptons qu’ils fixent leurs valeurs et antivaleurs, autant nous exigeons qu’ils respectent nos valeurs et antivaleurs », exige le député de Pastef.
Les chagrins de l’opposition
C’est Abdou Mbow qui a lancé les hostilités à l’entame de la session en posant une question préalable. Le député de l’opposition a relevé trois péchés de la loi de Sonko. D’abord, rappelle-t-il, pastef n’a pas respecté sa promesse de criminalisation. Ensuite, il a estimé que c’est mensonger de croire que les juges vont prononcer des peines de 10 ans pour un délit. Mais la critique la plus sérieuse porte sur la disposition réprimant la dénonciation. “Sous le prétexte de punir la délation, on protège les homosexuels. On se met à punir celui qui la dénonce comme pour faire peur à l’opinion et rendre ainsi difficile la dénonciation du délit. On rend l’homosexualité permissif. C’est ça l’agenda LGBT que vous portez”, soutient le député convaincu que cette loi protège les homosexuels plus qu’elle ne les combats.
Tafsir Thioye, favorable au durcissement, partage cette inquiétude. Il regrette la division dans laquelle cette loi est discutée à l’Assemblée nationale, alors qu’il devrait y avoir un consensus très fort. “Je vais déposer un amendement, parce que si la loi passe en l’état, ça risque de créer des problèmes. Nous risquons d’avoir pire que ce que nous avions”, at-il mis en garde. Idem pour le député Cheikh Tidiane Youm du Parti de l’unité et du rassemblement.
À noter que sur les 130 députés de la majorité, 100 étaient présents ; 06 sur les 17 députés de Takku Wallu ; 05 sur les 18 députés non inscrits. Au terme d’une très longue journée, le parlement a voté la loi qui renforce les sanctions contre les relations homosexuelles. Désormais, les actes contre nature sont passibles de peines de cinq à dix ans d’emprisonnement.
Le nouveau texte prévoit également des sanctions pénales visant toute forme de promotion ou de financement de l’homosexualité au Sénégal. Pour que cette loi devienne effective, elle doit encore être promulguée par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye.
Parmi les points qui ont le plus suscité la controverse, il y a les dispositions relatives à la répression de la dénonciation abusive.



