Violence dans l’arène et « simol » : « Borom Ndakaru » sans langue de bois

On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis. La sortie de M. Ousmane Kane, gouverneur de la région de Dakar, appelant les acteurs de la lutte à plus de responsabilité en éradiquant, entre autres maux, le phénomène « simol » au risque de contraindre le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique à maintenir la couverture sécuritaire des galas de lutte est valeur de piqûre de rappel. Il n’en fallait pas plus pour que ces derniers battent le rappel des troupes, comme les ya invités le gouverneur de Dakar, en initiant dare‐dare une vaste campagne de sensibilisation menée tambour battant avec force conférences de presse animées par les têtes de file, cadres et autres têtes couronnées des écuries et écoles de lutte.
Les dirigeants des principaux bastions de la lutte que sont Pikine, Guédiawaye, Fass et les Parcelles Assainies ont joué à fond la carte de la sensibilisation pour faire revenir à la raison ces jeunes fossoyeurs de l’arène (lutte avec frappe) qui, à terme, leur ôteront le pain de la bouche si l’autorité met à exécution sa menace de retirer les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) de la couverture sécurité des galas de lutte. Cela signifierait tout simplement la clôture prématurée de la saison. Une première dans l’histoire de la lutte avec frappe au Sénégal.
Boy Niang, Eumeu Sène, Gris Bordeaux, Balla Gaye 2, Gouye Gui, Modou Lô, Général Malika, entre autres dirigeants, comme s’ils s’étaient passés le mot, ont animé des points de presse mis à profit pour condamner avec la dernière énergie ces dérapages qui dénaturent la lutte et menacent la profession.
Épicentre de la violence les jours de gala, l’axe Pikine ‐ Guédiawaye ‐Diamaguène, trois quartiers de la banlieue dakaroise, compte le plus grand nombre d’écuries. Suffisant pour se faire une idée de l’immense foulée composée majoritairement de jeunes qui prennent d’assaut l’Arène nationale chaque fois qu’un champion de ces trois localités doit rallier le Temple de la lutte sénégalaise pour les besoins d’un combat à enjeu, voire capital. C”est le branle‐bas de combat avec force convoi où voitures et motos jakarta se disputent la chaussée. Il n’y en a que pour ce valeureux fils du quartier qui a réussi le tour de force de rallier tout le monde à sa cause en défendant les couloirs de son fief.
Revers de la médaille, c’est également une occasion rêvée pour des personnes mal intentionnées et autres malfrats de s’adonner à leurs activités favorites : vol à l’arrachée et agression. Les «tiak‐tiak men» (livreurs) payaient souvent un lourd tribu à cette folie dévastatrice. De tels comportements et actes délictuels, à tous points de vue, servant la lutte, un sport populaire doublé d’un puissant vecteur d’influence sociale.
L’on comprend aisément la détermination des « lutteurs – conférenciers » à combattre ce mal pernicieux. Pour ce faire, une seule alternative : éviter autant que faire se peut les attroupements et autres rassemblements aux demeures des lutteurs le jour du combat, comme l’a suggéré un des conférenciers. L’idéal est que tout le monde se donne rendez-vous à l’Arène nationale. Le lutteur, son staff et ses accompagnateurs seront transportés par bus ou minibus en lieu et place des convois.
Mohamed Ndao Tyson utilisait ce mode de transport pour rallier le Stade Demba Diop ou le Stade Léopold Sédar Senghor au grand bonheur des automobilistes et autres usagers de la circulation qui n’éprouvaient aucune difficulté à se mouvoir et vaquer librement à leurs occupations les jours de gala de lutte dont les Vip se disputent la vedette en tant qu’acteurs du « grand combat » ou tête d’affiche.
La mission de la nouvelle Fédération sénégalaise de Lutte et la tâche des FDS s’en trouveront alléguées. Pour autant, l’on ne devrait pas occulter l’urgence de conscientiser tous les acteurs de la lutte sur le caractère multidimensionnel de cette œuvre d’utilité publique qu’est l’éradication de la violence aussi bien dans l’arène que sur les différentes voies ou routes qui mènent au Temple de la lutte sénégalaise. Les maisons, commerces et autres étals qui jouxtent ledit Temple échappent rarement à la furie des prédateurs armés de pierres. Les populations se barricadent pour se soutenir à cette violence aveugle qui n’épargne personne.
Aux grands maux, les grands remèdes. Borom Ndakaru (le gouverneur de Dakar) a sifflé la fin de la récréation avec cette épée de Damoclès suspendue au‐dessus de la tête des lutteurs.
«Borom Ndakaru» : le gouverneur de Dakar


