Économie, Affaires

le détroit d’Ormuz, artère du commerce maritime mondial, paralysé

Le trafic maritime est paralysé dans le stratégique détroit d’Ormuz, voie névralgique du commerce mondial d’hydrocarbures où des navires ont été touchés et désormais abandonnée par les principaux armateurs mondiaux, en plein conflit entre Téhéran et Washington.

L’Iran a mené dimanche des attaques contre des cibles dans le Golfe en riposte aux attaques américaines et israéliennes qui ont notamment tué le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

– Trois navires attaqués –

Dimanche, des agences de sécurité maritime ont fait état de trois navires attaqués dans cette zone maritime d’environ 50 kilomètres, bordée par l’Iran d’un côté et la péninsule de Moussandam appartenant à Oman de l’autre.

Un premier navire, au large des côtes d’Oman, a été touché “par un projectile inconnu au-dessus de la ligne de flottaison”, a indiqué l’agence de sécurité maritime britannique UKMTO, précisant qu’un incendie qui s’y était déclaré était “sous contrôle”.

Dans un incident distinct, un autre “navire a été touché par un projectile inconnu, provoquant un feu (qui) a été maîtrisé et le navire à l’intention de poursuivre son voyage”, a indiqué l’UKMTO.

L’agence a signalé un troisième incident, avec “un projectile inconnu ayant explosé à proximité immédiate” d’un navire.

La télévision d’Etat iranienne avait, elle, annoncé un peu plus tôt qu’un pétrolier était en train de “couler” après avoir été frappé alors qu’il franchissait “illégalement” le détroit d’Ormuz, sans plus de précisions. Des images diffusées par la télévision montrent une épaisse fumée noire s’échappant du pétrole en feu.

Il n’était pas clair si ce dernier incident était l’un des deux cas évoqués par la UKMTO.

Le secrétaire général de l’Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez, a appelé les compagnies maritimes à “éviter” la région et exhorté “les compagnies maritimes à faire preuve de la plus grande prudence”.

– Le trafic maritime perturbé –

Après l’allemand Hapag-Lloyd, cinquième armateur mondial, le danois Maersk, deuxième du secteur, a annoncé dimanche suspendre “jusqu’à nouvel ordre” tous les passages de navires par le détroit d’Ormuz.

Maersk a également décidé de suspendre temporairement les traversées par le canal de Suez (entre la mer Méditerranée et la mer Rouge).

Toutes les traversées Moyen-Orient-Inde vers la Méditerranée ou la côte est des Etats-Unis “seront détournées par le cap de Bonne-Espérance”, au large de l’Afrique du Sud, a précisé le groupe.

Le plus gros armateur mondial, l’italo-suisse MSC, a, lui, ordonné dimanche à tous ses navires présents dans le Golfe de “se mettre à l’abri”.

Un total de “60 navires” sous pavillon français ou appartenant à des entreprises françaises sont bloqués “à l’intérieur du Golfe arabo-persique”, a déclaré à l’AFP le délégué général d’Armateurs de France, Laurent Martens.

Selon Dirk Siebels, de l’agence de sécurité maritime Risk Intelligence, cette situation n’a “pas de véritable précédent” : “Le trafic des pétroliers avait été fortement perturbé lors de la +guerre des pétroliers+ (entre Iran et Irak dans les années 80, ndlr) mais les échanges commerciaux et le secteur du transport maritime en général ont considérablement évolué au cours des 40 dernières années”.

– Bond des prix du pétrole –

Un cinquième du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz, selon l’Agence américaine de l’Energie (EIA). Une grande partie de ces navires vont vers les pays asiatiques, notamment l’Inde, la Chine et le Japon.

Comme attendu, les cours de l’or noir ont bondi à l’ouverture du marché pétrolier dans la nuit de dimanche à lundi, grimpant d’environ 9% vers 23H45 GMT.

Selon Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, les prix pourraient grimper au-delà des 120 dollars, un niveau plus vu depuis des années, en cas de guerre prolongée avec un embrasement régional et des ruptures d’approvisionnement.

“Cela dit, il est également possible que les prix du brut chutent rapidement en cas de cessation rapide des combats, permettant ainsi la reprise de la production pétrolière normale et du transport maritime dans la région”, relèvent les analystes d’Eurasia Group.

– Une stratégie “suicidaire” –

Pour Ali Vaez, analyste à l’International Crisis Group (ICG), un blocage total du détroit serait cependant un “suicide” pour l’Iran.

“L’Iran utilise cette voie maritime pour vendre son pétrole à la Chine, et une telle lui aliénérait son principal partenaire économique, qui dépend des importations énergétiques du Golfe pour environ 25% de ses besoins”, estime-t-il.

Au lieu de bloquer, voire mineur, le détroit, “l’hypothèse la plus plausible est que l’Iran s’inspire des (rebelles yéménites) Houthis (…) en ciblant des navires spécifiques en raison de leur pavillon ou de leur cargaison”, estime-t-il: “De cette manière, elle parviendrait à faire grimper les primes d’assurance et les prix mondiaux de l’énergie”.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button