Société, Culture

Le football africain mérite mieux que la tutelle

Le football africain a beaucoup grandi ces dernières années.

Par son niveau de jeu, par la qualité de ses joueurs, par l’intérêt qu’il suscite dans le monde, mais aussi par sa capacité à organiser des compétitions de plus en plus ambitieuses. Cette progression impose une exigence nouvelle : celle d’avoir des instances à la hauteur de cette maturité. Et, surtout, de sortir d’une tutelle devenue difficilement acceptable.

La décision de retirer la CAN au Sénégal surprend, choque, et laisse un sentiment profond d’incompréhension. Oui, cette décision a quelque chose de trumpien dans la méthode, et d’ubuesque dans ses conséquences. Non pas parce qu’une sanction serait impossible en soi, mais parce que le contexte dans lequel elle intervient donne le sentiment qu’une volonté extérieure pèse davantage que la logique sportive ou que l’équilibre institutionnel africain.

Il est difficile, en effet, de ne pas voir dans cette affaire l’influence du président de la FIFA, dont les prises de position publiques ont largement dépassé le cadre qui devrait être le sien dans une compétition pertinente de la Confédération africaine de football. Depuis plusieurs années, la gouvernance du football mondial s’inscrit dans une logique où le poids de l’argent, des alliances et des intérêts stratégiques semble parfois primer sur l’autonomie des confédérations.

Le football africain ne peut continuer à se développer tout en donnant le sentiment que ses décisions majeures se prennent ailleurs.

La CAF doit rester une institution souveraine dans la gestion de ses compétitions. Sans cette souveraineté, il ne peut y avoir ni crédibilité durable, ni confiance des peuples, ni respect des acteurs.

Cela rend d’autant plus regrettable que cette CAN ait été, à bien des égards, une réussite.

Le Maroc avait gagné en projetant à la face du monde sa capacité d’organisation, son hospitalité et sa maîtrise logistique. Le Royaume a démontré qu’il était capable d’accueillir un grand événement avec professionnalisme et ambition, et il peut en être fier.

Le Sénégal, lui, avait remporté le trophée sur le terrain. Et cela reste une vérité simple, incontestable, que personne ne pourra effacer. Le résultat sportif appartient au jeu, et le jeu ne se rejoue pas dans les bureaux.

C’était bien ainsi.

Un pays qui réussit son organisation.

Une équipe qui gagne la compétition.

Un continent qui montre son potentiel.

La suite, malheureusement, s’est déplacée hors du terrain.

Sanctions, décisions contestées, interventions extérieures, bataille juridique encore en cours : tout cela donne le sentiment que le football africain n’est pas encore totalement maître de son destin.

La procédure n’est d’ailleurs pas terminée, et il appartient aux instances compétentes d’aller au bout de l’examen juridique des faits, dans le respect du contradictoire et des règles. Une décision de cette importance ne peut reposer sur des impressions ou des rapports de force. Elle doit être fondée sur le droit et rien d’autre.

Mais au-delà de ce dossier, l’essentiel est ailleurs.

Le football africain mérite des institutions fortes, respectées, indépendantes. Il mérite que ses compétitions soient jugées selon des règles claires, stables et équitables. Il mérite surtout de ne plus donner le sentiment d’être placé sous une tutelle qui ne dit pas son nom.

Cette CAN restera comme une grande édition. Elle a montré les progrès du continent, sa passion, son talent, son potentiel.

Ne laissez pas les décisions d’après-match effacer ce qui s’est gagné sur le terrain.

Le Maroc a gagné en image.

Le Sénégal a gagné le trophée.

L’Afrique, elle, doit maintenant gagner sa pleine souveraineté sportive.

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