Société, Culture

Le Maroc n’a jamais abandonné le terrain à la CAN 1976

(SenePlus) – Depuis la décision controversée de la CAF déchoyant le Sénégal de son titre continental au profit du Maroc, les réseaux sociaux bruissent d’une contre-accusation : les Lions de l’Atlas auraient eux-mêmes abandonné le terrain lors de la finale 1976 face à la Guinée, sans jamais être sanctionnés. Une affirmation totalement fausse, selon une enquête de vérification menée par l’AFP.

L’emballement a été immédiat. Lorsque le jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a déchu le 17 mars le Sénégal de son titre de champion d’Afrique 2025 pour avoir quitté le terrain lors de la finale contre le Maroc, une contre-offensive virale s’est déployée sur les réseaux sociaux : l’équipe marocaine aurait elle-même agi de manière identique lors de la CAN 1976 face à la Guinée, sans jamais être inquiétée. Des publications totalisant des milliers de partages affirment même que Conakry s’apprêterait à déposer un recours pour récupérer rétroactivement son titre volé.

Problème : rien de tout cela n’est vrai, révèle un article de vérification publié le 26 mars 2026 par Monique Ngo Mayag, journaliste au service AFP Factuel.

L’enquête de l’AFP s’appuie d’abord sur les souvenirs de ceux qui ont vécu le match de l’intérieur. Chérif Souleymane, 82 ans, ballon d’or africain et auteur du but guinéen lors de cette rencontre historique du 14 mars 1976, a dément catégoriquement toute sortie de terrain des joueurs marocains. Contacté par téléphone, l’ancien attaquant guinéen a martelé selon l’AFP : “Non, non, ce n’est pas vrai !” Évoquant son mais inscrit sur corner, il précise qu’aucun incident ne s’est produit et que le Maroc “a gagné correctement, dans les règles de l’art”.

Un témoignage corroboré par son ancien collaborateur Ismaël Sylla, cité le 20 mars par TV5 Monde. L’ancien milieu de terrain, alors âgé d’une vingtaine d’années, affirme que les Marocains ne sont jamais sortis du stade après l’ouverture du score guinéenne et que le match s’est poursuivi normalement jusqu’à l’égalisation marocaine en fin de rencontre.

Aucune trace dans les archives

Au-delà des mémoires individuelles, l’absence totale de documentation écrite sur un tel incident frappé par son caractère systématique. L’AFP indique n’avoir aucune mention d’une sortie de terrain marocaine dans les archives trouvées : ni dans les comptes-rendus de l’époque publiés par Jeune Afrique ou la Société marocaine de radiodiffusion, ni dans les documents officiels de la FIFA ou de la CAF.

Saïd El Abadi, journaliste sportif et auteur du livre Histoire du football africaina fouillé de très nombreuses archives pour son ouvrage, notamment un chapitre consacré aux incidents marquants du football continental. Interrogé par AFP Factuel, il affirme n’avoir “jamais entendu parler dans aucune archive” consultée d’une quelconque sortie de terrain lors de cette finale 1976. Le spécialiste rappelle qu’un tel événement, rarissime dans l’histoire de la CAN, aurait nécessairement laissé des traces : “Si un tel événement s’était produit, il aurait marqué les esprits, on en aurait entendu parler”, souligne-t-il.

Concernant les rumeurs d’un recours guinéen auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS) pour contester rétroactivement le résultat de 1976, la Fédération Guinéenne de Football a publié le 22 mars un démenti catégorique. L’instance assure “n’avoir engagé aucune procédure, ni auprès du TAS, ni auprès de la CAF” concernant cette CAN 1976.

Dans sa mise au point, la Fédération guinéenne rappelle également un détail structurel souvent oublié : cette édition ne comportait pas de finale classique, mais une poule finale en format mini-championnat. Le Maroc a terminé en tête de cette poule et a été “régulièrement sacré champion d’Afrique” devant la Guinée.

L’AFP a retracé l’origine de cette fausse information jusqu’à une intervention du consultant sportif Rémy Ngono dans l’émission “Radio Foot” de RFI, le 30 janvier 2026. Ses propositions, initialement tenues dans un tout autre contexte, ont ensuite été massivement diffusées mi-mars sur Facebook, Instagram et TikTok, cumulant des milliers de vues. Contacté par l’AFP pour savoir sur quelles sources il s’appuyait, le journaliste n’a pas répondu aux sollicitations.

Le quotidien français L’Équipequi avait relayé cette affirmation dans un article, a depuis publié une correction et présenté ses excuses.

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