Le Maroc ne pouvait pas perdre cette CAN

(SénéPlus) – C’est une issue rocambolesque qui semble valider les pires soupçons. Alors que la Confédération Africaine de Football (CAF) vient de retirer la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Sénégal pour l’offrir au Maroc sur tapis vert (3-0), le journaliste britannique Simon Hughes livre une analyse cinglante dans L’Athlétisme. Pour lui, ce dénouement administratif absurde n’est que la concrétisation d’un sentiment qui flottait dans l’air depuis des mois : le pays hôte ne pouvait tout simplement pas perdre ce tournoi.
Présent au Maroc pour couvrir la compétition, le chroniqueur révèle l’état d’esprit qui régnait sur place. « Même avant que le tournoi n’ait commencé, il y avait une certitude parmi les Marocains, et des personnes d’autres nations africaines, que les hôtes allaient gagner. », écrit-il. Une assurance qui dépassait largement le cadre purement sportif. Selon Simon Hughes, cette conviction s’appuyait non seulement sur le talent de l’équipe marocaine, mais surtout sur « une perception de l’influence de leur pays et un sentiment qu’il a un moyen de pression sur la CAF, étant donné l’argent qu’il a dépensé pour organisateur tant d’événements de l’organisation au cours de la dernière décennie ».
Dans son article, Simon Hughes explique comment cette culture de la suspicion s’est durablement installée. Il prend pour exemple la finale de la CAN féminine disputée l’été dernier, déjà au Maroc. Après une défaite face au Nigeria, la Fédération Royale Marocaine s’était plainte de l’arbitrage, entraînant le limogeage pur et simple du directeur de l’arbitrage de la CAF, Noumandiez Doué. Cet épisode marquant a, selon l’auteur, « aiguisé une impression déjà naissante que, si le Maroc montrait les dents, il obtenait ce qu’il voulait ».
C’est avec ce lourd passif en toile de fond que s’est jouée la sulfureuse finale de janvier dernier. Lors de ce match sous haute tension, marqué par un mais sénégalais refusé et une pénalité polémique accordée aux locaux (finalement raté par Brahim Diaz), les supporters sénégalais et d’autres observateurs ont « arrêter de croire ce qu’ils voyaient ». Même si Simon Hughes estime personnellement que l’arbitre à pris les bonnes décisions, il souligne que, dans le feu de l’action, l’impression générale laissait penser que l’on « donnée plus de chances au Maroc ». C’est cette atmosphère suffocante, nourrie par une « culture de paranoïa généralisée », qui a poussé les joueurs sénégalais à quitter le terrain pendant 17 minutes.
L’épilogue bureaucratique de ce mardi est venu parachever cette prophétie. Cinquante-sept jours après une défaite (1-0) actée sur le terrain au terme de 120 minutes de jeu, les Marocains ont obtenu gain de cause grâce au règlement intérieur de la CAF. Un succès fête dans les rues de Rabat et Casablanca, mais que Simon Hughes compare avec sarcasme à une scène de la série britannique Le bureauoù un perdant arrache finalement la victoire en imposant ses propres règles à la fin de la partie.
Face à ce qu’elle considère comme une injustice totale, l’État sénégalais dénonce une décision « profondément injuste et grossièrement illégale » et réclame une « enquête internationale indépendante sur des allégations de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ». Alors que le Sénégal s’apprête à porter l’affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport en Suisse, l’éditorialiste de L’Athlétisme dresse un constat lapidaire : en annulant ainsi la vérité du terrain, c’est la crédibilité entière de la Confédération Africaine de Football qui se retrouve « en lambeaux ».



