”le monde à la croisée des chemins, entre espoir et résignation”, par Maître Khaly Adama Ndour

À mesure que se rapproche l’échéance de la fin de l’année 2026, qui verra la désignation d’un nouveau Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, les lignes diplomatiques se dessinent avec plus de netteté, révélant à la fois des ambitions individuelles et des équilibres systémiques.
Parmi les candidatures désormais actées, celle de Limamou Macky Sall marque une étape significative. Elle a inscrit le continent africain dans une dynamique déclarée, au cœur d’une compétition où les profils se construisent autant qu’ils se révèlent.
Face à lui, des figures telles que Michelle Bachelet et Rafael Mariano Grossi, à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique, traduisent d’autres conférences possibles du leadership onusien : l’une ancrée dans l’expérience politique et normative, l’autre dans la continuité technique et institutionnelle.
Le mécanisme de désignation reste, lui, identique. Le Conseil de sécurité des Nations unies propose, l’Assemblée générale des Nations unies dispose. Mais derrière cette apparente simplicité procédurale se déploie une alchimie complexe, faite de rapports de force, de veto potentiel et de compromis silencieux.
Mes confrères de l’autre cote rappellent que la procédure est la maîtresse du droit.
En l’espèce, elle tient le candidat à l’étape.
C’est dans cette trame qu’une mémoire s’invite.
Sous le magistère de Boutros Boutros-Ghali, le système onusien a connu, un instant, renouer avec une forme d’élan fondateur. Le monde, encore porté par les espérances de l’après-guerre froide, s’était laissé gagner par une confiance renouvelée dans les vertus du multilatéralisme. Des textes structurants tels que l’Agenda pour la paix et l’Agenda 21, adoptés la même année lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, s’imposaient alors comme des architectures intellectuelles ambitieuses, presque des chartes d’un ordre international en devenir. Ils formaient, au moins sur le plan doctrinal, un socle de consensus rare, les signes discrets d’une renaissance possible.
Pour toute une génération de jeunes diplomates, dont mes condisciples de l’ENAM et de l’Institut diplomatique du Caire, ces textes avaient valeur d’initiation. On les lisait, on les reliait, non sans une certaine ferveur. Ils étaient moins des documents que des horizons ; moins des instruments que des promesses. À leur manière, ils constituaient une forme de liturgie professionnelle — une « piété diplomatique » — nourrie par la conviction que le droit, la parole et l’institution pouvaient, ensemble, ordonner le monde.
Puis vinrent les aspérités du réel.
Les crises se multiplient, les équilibres se durcissent, et le terrorisme est venu fissurer les certitudes naissantes. Ce qui relève de la foi méthodique s’est heurté à la rugosité des rapports de force. L’élan n’a pas disparu, mais il a été contraint, redimensionné, parfois détourné.
Après le penseur et l’architecte, l’Afrique a alors donné au monde une autre figure avec Kofi Annan. Moins porté vers la conceptualisation que son précédent, il s’est imposé comme un artisan de la paix : un diplomate de terrain, avançant pas à pas, dossier après dossier, dans cet espace incertain où les crises ne connaissent ni vainqueurs nets ni résolutions définitives. Son action, reconnue par le Prix Nobel de la paix, s’inscrivait dans une pratique patiente de l’équilibre, presque dans une éthique de la persévérance.
Dans ces deux moments, le continent africain n’a pas seulement occupé une fonction : il a accompagné des phases où le monde semblait, sinon s’accorder, du moins espérer. Des périodes où le multilatéralisme, sans être triomphant, retrouvait une forme de respiration.
C’est à l’aune de cet héritage que se profile l’échéance pour le mandat débutant le 1er janvier 2027.
La candidature de Macky Sall, dans ce contexte, soulève une interrogation classique mais déterminante : celle de la capacité du continent africain à se rassembler. L’unité ne garantit pas le succès, mais son absence en réduit mécaniquement la portée.
D’autres paramètres viendront préalablement s’agréger à cette équation : la possibilité d’une première femme à la tête de l’Organisation, ou encore la recherche d’un profil capable d’évoluer dans un environnement international fragmenté, où la gestion des tensions première souvent sur leur résolution.
Ainsi, l’élection à venir ne se résume pas à un choix de personne. Elle interroge la nature même du multilatéralisme contemporain : sa capacité à se réinventer, à produire du sens, et à maintenir un minimum de cohérence dans un monde travaillé par la défiance.
Les candidatures en présence ne sont, en définitive, que les visages visibles de ces dynamiques plus profondes.
Maître Khaly Adama Ndour, Barreau du Québec Ambassadeur à la retraite.



