Société, Culture

Le Mondial 2026 s’annonce comme le plus explosif et politique de l’histoire

(SénéPlus) – À cent jours du coup d’envoi, celle qui devait être la plus grande Coupe du monde de l’histoire risque de devenir la plus politiquement chargée. Entre frappes aériennes sur l’Iran, tensions migratoires et relations tendues entre pays hôtes, le football passe au second plan.

Gianni Infantino l’a qualifié de “plus grand événement que l’humanité ait jamais vu et verra jamais”. Mais à l’approche du tournoi prévu du 11 juin au 19 juillet dans 16 villes des États-Unis, du Canada et du Mexique, c’est surtout l’incertitude qui domine, rapporte The Athletic dans une analyse publiée par Oliver Kay.

Les chiffres donnent le vertige : 48 nations participantes, 104 matches, six milliards de personnes censées suivre l’événement selon la FIFA, plus de 50 millions de demandes de billets le premier mois. Mais derrière cette vitrine spectaculaire se cachent des préoccupations inédites pour une compétition sportive mondiale.

Le week-end dernier a marqué un tournant dramatique. Samedi matin, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire conjointe contre l’Iran, des frappes aériennes que Donald Trump a justifiées pour “défendre le peuple américain en éliminant des menaces”, relate The Athletic. L’Iran a riposté en frappant des bases militaires américaines à Bahreïn, en Irak, en Jordanie, au Koweït, au Qatar, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

Samedi soir, la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême iranien, était confirmée parmi les victimes des frappes, suivies de nouvelles attaques et contre-attaques. Et maintenant, s’interroge Oliver Kay dans son article, “l’Iran prendra-t-il sa place dans le groupe G, aux côtés de la Belgique, de l’Égypte et de la Nouvelle-Zélande ? C’est incertain.”

Un boycott iranien serait historique : aucune nation ne s’est retirée d’une Coupe du monde depuis 1950, précise The Athletic. Mais le journaliste révèle qu’en janvier, “certaines fédérations européennes de football se sont retrouvées à discuter d’un scénario de boycott potentiel au cas où la situation du Groenland s’aggraverait dans les mois à venir”, en référence aux menaces d’annexion de Trump.

Les problèmes s’accumulent bien au-delà de l’Iran. L’Athletic dresse un inventaire accablant : la répression américaine contre l’immigration a entraîné la perspective de voir des supporters de quatre pays qualifiés (Sénégal, Côte d’Ivoire, Haïti et Iran) se voir refuser des visas. En janvier, deux civils ont été tués par des agents fédéraux américains dans des incidents distincts à Minneapolis, déclenchant des manifestations massives contre les tactiques de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement).

Des tensions sur tous les fronts

Le mois dernier a vu une escalade dans les batailles entre le gouvernement mexicain et les cartels de trafiquants de drogue, notamment à Guadalajara, l’une des villes hôtes du tournoi, rapporte le journaliste.

Les relations entre les États-Unis et ses co-hôtes, le Canada et le Mexique, sont également tendues, note The Athletic. Loin de l’image d'”unité” (trois nations “unies comme une seule… plus que des voisins, nous sommes des partenaires”) promis lors de la candidature baptisée “United” en 2018.

À ces préoccupations géopolitiques s’ajoutent des problèmes plus prosaïques mais tout aussi inquiétants. Oliver Kay évoque « les prix astronomiques des billets, des parkings et des hôtels, suscitant des accusations d’exploitation des supporters » ainsi que « des avertissements de conséquences sécuritaires pouvant être ‘catastrophiques’ si les 11 villes américaines hôtes de la Coupe du monde ne reçoivent pas le financement qui a été gelé pendant la fermeture partielle du gouvernement fédéral ».

Une ville du Massachusetts, Foxboro, refuse d’ailleurs toujours de délivrer la licence nécessaire pour accueillir sept matches tant qu’un différend de 7,8 millions de dollars sur les coûts de sécurité n’est pas résolu.

Malgré ce tableau sombre, The Athletic rappelle que “chaque Coupe du monde fini par être ‘plus grande’ que la précédente”. Le journaliste évoque la magie du football qui transcende les divisions : “Géographiquement et émotionnellement, le football rassemble les gens. Il atteint des parties que d’autres initiatives ne peuvent pas atteindre.”

L’espoir, écrit Oliver Kay, est qu'”une fois que le football commence, le tournoi offre une échappatoire à tout cela”. Il cite Infantino : “Le football est — et unit dans — l’espoir. Il unit dans la joie. Il unit dans la passion. Il unit dans l’amour, ainsi que dans la diversité.”

Mais cette fois, conclut The Athletic, “dans un monde divisé”, l’incertitude et l’appréhension dominante alors que “l’horloge tourne et que le monde, dans un état d’anxiété croissante, attend”. Le coup d’envoi sera donné le 11 juin au stade Azteca de Mexico, devant 83 000 spectateurs, pour un match Mexique-Afrique du Sud. Reste à savoir dans quel contexte géopolitique.

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