le motif procédural par le Nigeria pour briser le consensus africain

Le 2 mars 2026, l’ancien président sénégalais Macky Sall a officialisé sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations Unies. Si cette démarche était anticipée dans les milieux diplomatiques, le processus d’endossement par l’Union africaine (UA) a mis en évidence de multiples divergences continentales. Dans une analyse documentée parue chez IGFM, le Dr Abdoul Latif Aïdara, Directeur général du Centre africain d’intelligence stratégique (CISPAIX), décrypte les mécanismes ayant conduit à l’échec du consensus autour de cette candidature.
La première spécificité de ce dossier diplomatique concerne son portage institutionnel. La candidature n’a pas été présentée par le Sénégal, sous l’autorité du Président Diomaye Faye, mais par le Burundi, dont le président Évariste Ndayishimiye assure la présidence de l’Union africaine. Selon la lecture du Dr Aïdara, cette configuration inédite traduit l’impact direct des transitions politiques internes sur la diplomatie multilatérale, matérialisant l’absence de parrainage du nouveau gouvernement sénégalais envers son précédent.
Afin de valider ce profil à l’échelle continentale, la Commission de l’UA a initié le 26 mars une « procédure silencieuse ». Ce mécanisme stipule que la candidature est adoptée par consensus si moins d’un tiers des 55 États membres s’y oppose avant une échéance fixée. Le 27 mars, la note verbale de l’organisation a acté la rupture du silence par vingt États membres. Les données détaillées le 28 mars font état de quatorze objections formelles et de six demandes de délai supplémentaire. L’Égypte et le Libéria, initialement opposés, se sont finalement rétractés.
Dans ce blocage, l’intervention du Nigeria s’est distinguée par sa nature technique. Abuja a formulé ses réserves en s’appuyant sur un vice de forme et sur le principe de rotation géographique, arguant que le poste de Secrétaire général devrait échoir à l’Amérique latine et aux Caraïbes. Le Directeur général du CISPAIX identifie derrière cet argumentaire juridique la continuité d’une rivalité régionale, le Nigeria cherchant à freiner l’ascendant diplomatique de Dakar en Afrique de l’Ouest.
Outre les réticences étatiques, le parcours de l’ancien chef d’État fait face à l’intervention de la société civile sénégalaise. Des collectifs réunis sous la bannière « Familles de martyrs » ont directement saisi les instances internationales. Ces associations demandent que Macky Sall rende compte de la gestion des manifestations meurtrières survenues au Sénégal entre 2021 et 2024, introduisant ainsi le bilan de la gouvernance interne comme critère d’évaluation diplomatique.
Malgré ce revers institutionnel au sein de l’UA, la candidature de Macky Sall reste d’actualité face à des concurrents internationaux tels que Michelle Bachelet, Rafael Grossi ou Rebeca Grynspan. D’après l’analyse relayée par IGFM, cette persistance indique que l’activation de réseaux diplomatiques bilatéraux permet aujourd’hui à un candidat d’évoluer dans le système onusien, même en l’absence de l’onction officielle de son continent d’origine.



