Le peuple sénégalais face aux contradictions du pouvoir

Pris à la gorge par une crise économique dont on peine encore à mesurer toute l’ampleur et les conséquences, les Sénégalais commencent sérieusement à se lasser du climat politique délétère dans lequel le pays semble s’enliser sous la gouvernance de Bassirou Diomaye Faye et de Ousmane Sonko.
La relation politique ambiguë qui semble désormais se jouer entre les deux hommes — oscillant entre proximité affichée et rivalités à peine voilée — donne parfois l’impression d’un interminable « je t’aime, moi non plus ». Une posture qui nourrit, chez de nombreux citoyens, le sentiment d’assister à une mise en scène politique où les émotions populaires sont instrumentalisées au degré des calculs et des intérêts du moment.
Pourtant, combien de Sénégalais ont adhéré, de bonne foi, au slogan mobilisateur : « Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko », présenté naguère comme la parfaite incarnation d’une unité politique indéfectible — les deux faces d’une même pièce ?
Aujourd’hui, face à l’accumulation d’erreurs que certains persistants à présenter comme des choix stratégiques ou des signes de sagesse, beaucoup de citoyens se sentent désorientés. Le sénégalais, qui espérait une rupture claire avec les pratiques du passé, se retrouve trop souvent relégué au rang de simple spectateur, fasciné par le décor mais de plus en plus dubitatif quant à la qualité du jeu des acteurs.
Là où l’on attendait un projet national clairement défini, porté par un programme de développement cohérent et exposé avec transparence aux citoyens, c’est plutôt une inquiétante dégradation du débat politique qui s’impose dans l’espace public.
Plus troublant encore : ceux qui contribuent à entretenir cette tension semblent vouloir désormais entraîner le pays dans une bataille électorale prématurée, comme si les urgences sociales et économiques pourraient être reléguées au second plan.
Dans ces conditions, si la tentation de la confrontation électorale est devenue irrésistible, alors qu’ils ont au moins le courage politique d’assumer pleinement cette logique en anticipant le calendrier électoral, par l’organisation conjointe, dès cette année, de l’élection présidentielle et des élections législatives.
Car à ce rythme, on tenterait de croire que les nouveaux dirigeants s’emploient eux-mêmes à offrir à leurs adversaires d’hier l’opportunité inespérée d’un retour en grâce. Le système qu’ils affirmaient vouloir démanteler semble, en réalité, toujours solidement enraciné dans les structures profondes de l’État. Un appareil dont ils ne maîtrisent pas encore totalement les rouages, malgré l’énergie, la détermination et les sacrifices consentis par le Premier ministre Ousmane Sonko.
Le désenchantement populaire qui commence à poindre n’est peut‐être, au fond, que le résultat de la résilience de ce même système. Un système dont les acteurs, revigorés par les contradictions actuelles du pouvoir, semblent de plus en plus déterminés à porter le coup décisif — notamment s’ils parviennent à isoler politiquement Ousmane Sonko.
Ironie de l’histoire : celui dont le seul tort aura peut‐être été d’avoir eu la générosité politique de parrainer la candidature de Bassirou Diomaye Faye lors de l’Élection présidentielle sénégalaise de 2024.



