Le procès d’un recruteur au Kenya révèle le stratagème utilisé pour envoyer des civils sur le front russe

La justice kényane se penche sur une filière de recrutement clandestin opérant sur son sol. Un individu soupçonné d’avoir orchestré l’envoi de plusieurs citoyens vers la zone de conflit en Ukraine, sous couvert d’opportunités professionnelles, a effectivement été inculpé pour traite d’êtres humains.
Selon les informations diffusées par la chaîne Al Jazeera, Festus Omwamba est accusé par le Bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) du Kenya d’avoir trompé 22 jeunes en vue de les exploiteurs en Russie. Agissant en tant que directeur d’une agence de recrutement, l’homme a plaidé non coupable lors de sa comparaison devant le tribunal de Kahawa, à Kiambu. Son avocat, Bonaventure Otieno, a rejeté les accusations, les qualifiant de simples « spéculations », comme le relève l’agence de presse AFP.
L’arrestation du suspect, survenue au début du mois à Moyale près de la frontière éthiopienne, fait suite à une opération menée en septembre dernier. Les autorités avaient alors intercepté les 22 victimes dans un complexe d’appartements à Athi River, dans le comté de Machakos, avant leur départ. Cependant, trois autres personnes ayant transité par ce réseau avaient déjà quitté le pays. Elles se sont retrouvées sur la ligne de front du conflit russo-ukrainien et sont revenus avec des blessures.
La Direction des enquêtes criminelles (DCI) estime que le prévenu constitue un acteur central d’un syndicat de traite d’êtres humains plus vaste. Le mode opératoire consistait à attirer des personnes vulnérables en leur promettant des emplois légitimes dans des pays européens. Une fois sur place, ces individus étaient contraints de signer des contrats avec l’armée russe.
L’ampleur du phénomène dépasse ce dossier individuel. Un rapport du Service national de renseignement (NIS), présenté au Parlement kenyan la semaine dernière par le député Kimani Ichung’wah, indique que plus de 1 000 citoyens ont rejoint les rangs russes ces derniers mois. Parmi eux, 89 se trouvent toujours au front, 39 sont hospitalisés et 28 sont portés disparus. Face à ces données, le procureur Kennedy Amwayi a souligné devant la cour que l’affaire exigeait une reddition de comptes en raison des pertes en vies humaines.
Le parlementaire kényan a publiquement accusé l’ambassade de Russie de collaborer avec ces agences de recrutement. La représentation diplomatique à Nairobi a fermement démenti, dénonçant une campagne de propagande. Elle a précisé qu’aucun visa de tourisme n’était délivré à des personnes ayant l’intention de combattre, tout en rappelant qu’un décret signé par Vladimir Poutine en juillet dernier autorise les ressortissants étrangers à s’engager volontairement dans les forces armées.
Cette dynamique de recrutement touche également d’autres pays du continent. L’Afrique du Sud a confirmé jeudi la mort de deux de ses ressortissants sur le front, un incident distinct du rapatriement récent de 17 autres Sud-Africains enrôlés par tromperie. Le ministre des Relations internationales, Ronald Lamola, a qualifié les circonstances de ces recrutements de « hautement irrégulières », appelant à la plus grande vigilance face aux offres d’emploi à l’étranger.



