le réseau obscur chargé de vendre du pétrole sous embargo a disparu avec une somme colossale

Sous le poids des sanctions américaines et dans un climat de tensions régionales exacerbées, les autorités iraniennes ont multiplié les circuits officieux pour exporter leurs hydrocarbures et importer des biens de première nécessité. Pourtant, cette stratégie de contournement a donné naissance à un vaste réseau d’agents, aujourd’hui au cœur d’une disparition massive des fonds publics.
Le système mis en place pour échapper aux restrictions financières internationales échappe désormais au contrôle de l’État. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, un réseau croissant d’intermédiaires liés à des institutions gérait des transactions opaques d’exportation de pétrole, sans jamais rapatrier les bénéfices en Iran. Le chef de la justice iranienne, Gholam-Hossein Mohseni-Ejei, a récemment interpellé les autorités financières et le ministère de l’Économie, exigeant la restitution de ces fonds manquants.
L’ampleur du trou financier est documentée par les acteurs mêmes du secteur. Ali Akbar Pour Ebrahim, ancien PDG de Naftiran Intertrade Company (NICO) – la branche du ministère du Pétrole chargée des ventes de brut – a révélé qu’au moins 11 milliards de dollars n’avaient pas été restitués. Dans un entretien à l’agence de presse iranienne ILNA, il a expliqué que sous l’administration du défunt président Ebrahim Raïssi, le ministère du Pétrole avait été marginalisé au profit des agents bancaires.
Ces intermédiaires ont utilisé des ressortissants afghans et pakistanais pour ouvrir des comptes aux Émirats arabes unis et faire passer des fonds via des sociétés écrans. L’ancien dirigeant précise que cet argent a permis à ces acteurs d’acquérir des véhicules de luxe et des appartements haut de gamme aux Emirats. Mahmood Khaghani, ancien haut responsable au ministère du Pétrole, estime pour sa part qu’un audit indépendant révélerait des malversations bien supérieures à ces 11 milliards, pointant l’implication d’acteurs affiliés au Corps des Gardiens de la révolution islamique.
Malgré ces pertes massives, le gouvernement du président Masoud Pezeshkian envisage d’étendre ce modèle face aux risques de conflit armé. Le ministre de l’Agriculture, Gholamreza Nouri Ghezeljeh, a annoncé ce mois-ci que les importateurs de produits essentiels, notamment alimentaires, recevraient désormais directement des cargaisons de pétrole à vendre. Ce nouveau système de troc, qui entrera en vigueur fin mars, pourrait porter sur un volume de 1,5 milliard de dollars.
Dans le même temps, les efforts de Téhéran pour maintenir ses exportations s’étendent à sa flotte maritime. Un ancien responsable de l’Organisation des ports et de la mer a déclaré que les dirigeants avaient approuvé la vente de navires soumis à des sanctions à des prix de ferraille – dont l’un a été vendu pour environ 14 millions de dollars – pour financer l’achat de pétroliers non visés par les restrictions internationales, permettant ainsi la poursuite des transferts clandestins hors des ports officiels.


