Le Sénégal a mobilisé 650 millions d’euros d’emprunts non divulgués afin d’éviter le défaut de paiement (Financial Times)

Le Sénégal aurait contracté, de manière confidentielle, près de 650 millions d’euros d’emprunts en 2025 afin d’éviter un défaut de paiement, selon les révélations du Financial Times publiées récemment. D’après le journal britannique, ces financements auraient pu être obtenus auprès de Africa Finance Corporation et de First Abu Dhabi Bank, via des mécanismes financiers complexes appelés total return swaps, de plus en plus utilisés par les pays proches du défaut et qui conférer aux prêteurs une priorité sur les autres déficits.
Ces accords ont été conclus après qu’un auditeur public a confirmé en 2025 que le pays avait au moins 7 milliards de dollars de dettes cachées sous le précédent gouvernement, portant la dette totale à plus de 40 milliards de dollars, soit plus de 130 % du PIB.
L’institution financière indique qu’elle « s’attend normalement à ce que les autorités partagent les conditions financières des financements, en particulier dans le cadre » de son analyse de soutenabilité de la dette.
Les pays sont généralement tenus par leurs emprunts obligatoires de divulgation tout emprunt supplémentaire garanti. Les emprunts sous forme de swaps ne sont généralement pas classés comme des prêts, bien que certains payent les néanmoins déclarés.
Les gouvernements en manque de liquidités, confrontés à des coûts élevés sur les marchés de la dette publique, se tournent vers ces swaps, couramment utilisés en finance, par exemple pour permettre à un hedge fund de parier contre une obligation, comme un moyen d’obtenir rapidement des liquidités à des taux plus faibles, en accord aux prêteurs des droits sur une grande quantité d’obligations.
Ces obligations sont généralement restituées à la fin de l’accord. Mais en cas de défaut, ces swaps peuvent compliquer considérablement la restructuration de la dette.
Les finances du Sénégal sont devenues précaires après les révélations de dettes cachées, qui ont conduit le FMI à maintenir son programme et à bloquer l’accès du pays aux marchés obligatoires internationaux. Le scandale de la dette cachée le plus célèbre en Afrique reste celui du Mozambique, avec les « tuna bonds » de 2 milliards de dollars révélés il y a une décennie.
Les obligations mises en garantie par le Sénégal ont été émises dans la monnaie de son union monétaire régionale, le franc CFA d’Afrique de l’Ouest, arrimé à l’euro et leur valeur dépassait celle des prêts, selon les documents.
L’accord conclu avec Africa Finance Corporation, en mai dernier, permettait au Sénégal de mobiliser jusqu’à 350 millions d’euros via des swaps. Le paie a reçu une première tranche de 105 millions d’euros en échange du transfert de titres représentant l’équivalent de 150 millions d’euros d’obligations en francs CFA et du paiement d’un intérêt de 3,5 à 4 % au-dessus d’un taux variable.
En juin, le pays a signé un autre swap de trois ans avec First Abu Dhabi Bank, lui permettant d’emprunter 300 millions d’euros en transférant des obligations d’une valeur d’environ 400 millions d’euros et en payant un taux variable majoré d’environ 5 %.
Les deux prêts arrivent à échéance en 2028. Si le Sénégal fait défaut d’ici là, ce qui réduirait la valeur des obligations détenues par ces institutions, il devra payer une pénalité financière importante pour honorer les swaps. Le contrat avec l’AFC précise que, dans ce cas, le prêteur « marquera très probablement à zéro » la valeur des obligations garanties.
L’ampleur totale des emprunts via swaps reste inconnue. D’après le quotidien économique britannique, les analystes de Bank of America estimaient en décembre que le Sénégal aurait pu lever jusqu’à 1 milliard de dollars via ces instruments en 2025. Les documents mentionnent également une dette similaire envers la banque française Société Générale, et permettent à l’AFC d’exiger un remboursement en cas de défaut sur cette dette.
Les détenteurs d’obligations affirment être largement tenus dans l’ignorance. « Nous devons découvrir ces informations en insistant auprès du ministère des Finances lors des réunions à Dakar », a déclaré un investisseur, estimant le total à environ 1 milliard de dollars. « Rien de tout cela n’est rendu public ni communiqué au marché. », a affirmé un investisseur au journal.
Le swap avec l’AFC exigeait que le Sénégal place 55 millions d’euros sur un compte afin d’acheter des actions de l’AFC et de financer une centrale électrique à Dakar soutenue par l’institution.
Le Sénégal, membre de l’AFC depuis 2019, a également dû reconnaître cette institution comme privilégié et garder confidentielle l’existence du prêt, notamment en informant au préalable en cas de communication au FMI.
En cas de défaut, certains investisseurs estiment que le FMI chercherait à classer ces swaps comme dette extérieure devant être inclus dans une éventuelle restructuration, notamment pour dissuader d’autres pays d’utiliser ce type de financement à haut risque.
« En général, ces total return swaps préféreraient comme de la dette extérieure dans le cadre des analyses de soutenabilité de la dette du FMI », a déclaré l’institution. Elle a ajouté que les décisions relatives à la dette « relèvent des autorités nationales ».



