Le Sénégal cristallise les inquiétudes de S&P sur l’Afrique

(SénéPlus) – Les signaux d’alerte se multiplient sur la dette africaine et le Sénégal sont désormais au cœur des préoccupations des agences de notation, au moment où le continent se tourne davantage vers les bailleurs multilatéraux pour diversifier ses sources de financement, relève une analyse de S&P Global Ratings rapportée par Reuters.
Selon Samira Mensah, responsable des notations souveraines et analytiques pour l’Afrique chez S&P Global Ratings, « nous avons, selon le FMI, plus de vingt pays confrontés à un risque élevé de détresse de la dette ou à de graves vulnérabilités ». Cette fragilité est d’autant plus sensible que l’endettement extérieur en devises expose les États aux chocs de change, la plupart des émissions d’eurobonds étant libellées en dollars.
Le marché obligatoire africain a pourtant démarré en 2026 sur des volumes record : environ 6 milliards de dollars d’eurobonds ont déjà été placés par des émetteurs comme le Bénin, le Kenya ou la Côte d’Ivoire, et la République démocratique du Congo prépare une première sortie, détaille Colleen Goko ce 24 février 2026 pour l’agence Reuters. L’amélioration conjoncturelle des coûts d’emprunt a permis de faire reculer le coût moyen de financement des émissions souveraines africaines d’environ 100 points de base entre 2024 et 2025, pour s’établir à 7,7%, même si ce niveau masque un marché très sélectif.
Dans son rapport de fin 2025 sur les tendances de notation, S&P indiquait déjà que ses changements de perspectives sur les États africains étaient « légèrement orientés à la baisse », en grande partie sous l’effet de la situation au Sénégal, au Mozambique et à Madagascar. L’agence a abaissé la note de long terme du Sénégal à CCC+, la réglementation sous « credit watch development », ce qui a traduit la crainte d’un éventuel défaut si les besoins de financement ne sont pas couverts à temps et en totalité.
Cette surveillance s’explique par des besoins bruts de financement accrus à près de 26% à 29% du PIB en 2026, combinant un déficit budgétaire élevé et des amortissements de dette massifs, dont une partie importante envers des déficits extérieurs, rappelant les analyses de S&P et des sites spécialisés cités par Reuters. La suspension du programme de 1,8 milliard de dollars du FMI après la d’importantes dettes non découvertes déclarées a restreint l’accès du Sénégal aux financements concessionnels, renforçant sa dépendance aux marchés régionaux et au refinancement commercial.
Dans cette configuration, le Sénégal cristallise une partie des inquiétudes de l’agence : sa note CCC+ sous surveillance reflète « des préoccupations quant à un défaut potentiel », mais aussi l’existence de scénarios plus favorables si Dakar parvient à refinancer ses échéances et à consolider son budget, souligne le papier de Reuters.
Entre réformes nationales et soutien multilatéral
Malgré un environnement touché, S&P rappelle que sept de ses relèvements de notes souveraines en Afrique l’an dernier ont été principalement portés par de meilleures perspectives de croissance et une dynamique de réformes. L’agence cite notamment l’Afrique du Sud, notée BB avec perspective positive, comme un cas de trajectoire plus favorable, et présente le Nigeria, noté B‑ avec perspective positive, comme une « histoire de réforme » malgré des coûts de service de la dette toujours lourds.
Pour les pays les plus exposés, la capacité à maintenir des réformes crédibles reste centrale. Dans le cas du Sénégal, S&P estime que la consolidation budgétaire envisagée par les autorités et la montée en puissance attendue des hydrocarbures pourrait, à terme, stabiliser la trajectoire de la dette, même si les objectifs officiels sont jugés ambitieux au regard des contraintes actuelles, selon les notes de l’agence reprises par plusieurs médias spécialisés.
Dans ce contexte, la structure des batteurs évolue rapidement. Samira Mensah souligne, citée par Reuters, que « les souverains africains recherchent de plus en plus le soutien des banques multilatérales de développement », ces institutions bien notées pouvant lever des capitaux à des rendements plus attractifs avant de les prêter aux États du continent.
S&P note par ailleurs que les modifications récentes de ses critères de notation des institutions financières multilatérales pourraient réduire la consommation de capital liée aux prêts accordés à certains souverains bien remboursés mais mal notés. Selon l’agence, ces ajustements pourraient permettre entre 600 et 800 milliards de dollars de nouveaux prêts souverains dans le monde, dont, sur une base proportionnellement simple, 90 à 120 milliards pour l’Afrique.
Une analyse citée par Reuters estime que les prêteurs multilatéraux ont augmenté leur financement net de 124% en dix ans et représentent désormais 56% des flux financiers nets vers les pays en développement, soit environ 379 milliards de dollars entre 2020 et 2024.
Même si la fenêtre des eurobonds reste ouverte pour certains profils, S&P insiste sur la nécessité pour les États africains de revoir leur manière de se financer afin de réduire leur dépendance aux marchés volatils. L’agence observe que, derrière la moyenne en baisse du coût de financement, de nombreux emprunteurs continuent d’affronter des primes de risque élevés, en particulier ceux qui, comme le Sénégal, sortent affaiblis par des révélations sur la dette et des tensions avec le FMI.
Les trajectoires resteront donc contrastées : entre pays bénéficiant d’une combinaison de réformes, de soutien multilatéral et d’accès maîtrisé aux marchés, et d’autres, comme Dakar, qui doivent à la fois gérer un héritage de dette lourde et convaincre les investisseurs et bailleurs de la crédibilité de leur stratégie de redressement.



