Société, Culture

le Sénégal invité à s’émanciper du franc CFA

Le 25 mars à Dakar, une table ronde d’envergure internationale a relancé le débat sur l’avenir monétaire de l’Afrique de l’Ouest. Organisée par le Mouvement International pour les Réparations autour du thème « Le CFA et l’endettement quelle alchimie pour libérer nos économies », la rencontre a réuni des parlementaires, des experts, des chercheurs et des personnalités panafricanistes.
Au cœur des discussions, une question majeure s’est imposée : le Sénégal devrait-il envisager la création de sa propre monnaie ? Dans un contexte marqué par la remise en cause croissante du franc CFA, les échanges ont mis en lumière une dynamique nouvelle portée par des acteurs politiques et intellectuels de la région.
Parmi les intervenants, l’économiste et député Abdoulaye Thomas Faye, l’enseignant-chercheur Momar Thiam, Seynabou Kane, l’expert Saliou Diop, ainsi que le panafricaniste burkinabè Nestor Podasse ont confronté leurs analyses.
Dans son intervention, Nestor Podasse a souligné l’évolution du débat au Sénégal. Il a rappelé qu’il y avait encore quelques années, critiquer le franc CFA dans le pays relevait d’un exercice difficile. Aujourd’hui, selon lui, le simple fait d’ouvrir ce débat traduit un changement profond. Il a salué « le courage et la détermination » des autorités, tout en appelant à aller plus loin dans la quête de souveraineté.
Le coordinateur de la Planète des jeunes panafricains du Burkina Faso (PJP-BF) a également insisté sur la dimension populaire de cette transformation. Il s’est évoqué sur la préparation des populations à accompagner un tel tournant, estimant que la souveraineté économique exige des sacrifices temporaires. Selon ses propositions, si les peuples sont prêts, les dirigeants suivront et pourront engager des réformes décisives.
Au-delà du cas sénégalais, Nestor Podasse a développé une vision régionale articulée autour de l’Alliance des États du Sahel. Il a mis en avant les ressources naturelles comme socle crédible d’une future monnaie commune. Le Burkina Faso, sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré, disposerait selon lui de réserves aurifères considérables, dépassant celles cumulées des pays de l’UEMOA. Le Mali figure parmi les principaux producteurs d’or du continent, tandis que le Niger se distingue par ses ressources en pétrole, gaz et uranium.
Dans cette configuration, il estime que la création d’une monnaie adossée aux richesses du sous-sol africain devient une perspective réaliste. Il défend l’idée que les États africains n’ont pas besoin de garanties extérieures pour soutenir leur développement, mais peuvent s’appuyer sur leurs propres ressources et leurs exportations.
Le panafricaniste a ainsi lancé un appel explicite au Sénégal, et présumé au Togo, pour rejoindre cette dynamique. Sans nécessairement adhérer formellement à l’Alliance des États du Sahel, ces pays pourraient, selon lui, établir des partenariats économiques stratégiques. Une telle configuration permettra de constituer un bloc majoritaire capable de redéfinir les équilibres économiques régionaux.
Il souligne également les avantages spécifiques au Sénégal, notamment son rôle économique et stratégique grâce au port de Dakar, déjà utilisé par des pays enclavés comme le Mali. Une commune monnaie faciliterait les échanges et renforcerait l’intégration régionale sans léser les intérêts sénégalais.
Cette vision s’inscrit dans une tendance plus large où les pays de l’Alliance des États du Sahel affirment leur volonté de reprendre le contrôle de leurs ressources naturelles et de les orienter vers le développement national. Ce mouvement, qui gagne en influence dans la région, attire l’attention et suscite l’intérêt des pays voisins.
Au terme des échanges, une conclusion s’impose pour de nombreux intervenants : la rupture avec le franc CFA apparaît comme une étape nécessaire vers la souveraineté économique. Dans cette perspective, la création d’une monnaie commune entre le Sénégal, les pays de l’Alliance des États du Sahel et le Togo se présente comme une alternative crédible, susceptible de générer des bénéfices partagés et de redéfinir les rapports économiques en Afrique de l’Ouest.

Avec Édouard M.

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