Le Sénégal paie ses déficits internationaux et repousse la crise

(SénéPlus) – Le Sénégal a franchi un cap décisif pour préserver sa crédibilité financière sur les marchés internationaux. Selon l’agence d’informations financières Bloombergle gouvernement a procédé au paiement anticipé des coupons et du principal de ses obligations étrangères, dont l’échéance était fixée à ce vendredi 13 mars. Cette opération permet au pays d’écarter la menace d’un défaut de paiement, à l’heure où Dakar tente de renouer le dialogue avec les institutions financières internationales.
S’appuyant sur des sources proches du dossier, les journalistes Ray Ndlovu et Katarina Höije révèlent que la banque centrale sénégalaise a transféré dès vendredi dernier la somme de 380 millions d’euros (soit environ 438 millions de dollars) aux détenteurs de ses titres libellés en euros arrivant à échéance en 2028. À cela s’ajoute un paiement complémentaire de 33 millions de dollars concernant des obligations libellées en dollars et venant à en 2048.
Si les porte-paroles du ministère des Finances et de la Banque centrale n’ont pas souhaité s’exprimer auprès de Bloombergla sérénité semble de mise du côté des autorités. À Dakar, des responsables considèrent d’ores et déjà que le dossier des paiements du 13 mars est « clos », confie l’une des sources anonymes citées par l’agence. Du côté des investisseurs, « au moins quatre détenteurs d’obligations ont déclaré être au courant que les autorités avaient effectué le paiement » et s’attendent à voir les fonds crédités sur leurs comptes d’ici la fin de la semaine, un léger délai inhérent au traitement par les banques dépositaires.
Le respect scrupuleux de cette échéance obligatoire revêt un enjeu stratégique majeur pour le gouvernement sénégalais, qui cherche à réactiver le soutien du Fonds Monétaire International (FMI). Le programme d’aide de l’institution de Bretton Woods est en effet suspendu depuis 2024. Cette sanction fait suite à la découverte rétentante d’environ 7 milliards de dollars de dettes non déclarées par l’administration précédente, dont près de 5 milliards de prêts extérieurs.
Face à ce blocage institutionnel, l’État sénégalais a été contraint de s’appuyer massivement sur le marché régional des nations ouest-africaines pour obtenir le financement nécessaire au service de ses obligations en devises étrangères.
Malgré ce remboursement honoré, les marchés maintiennent une forte pression sur le pays. Selon un indice de la banque JPMorgan Chase & Co. cité par Bloombergle Sénégal est actuellement perçu comme le crédit souverain « le plus risqué d’Afrique ». Les rendements de ses obligations en dollars se négocient avec une prime vertigineuse de « plus de 12 points de pourcentage par rapport aux bons du Trésor américain comparables ». Preuve de cette fébrilité ambiante, l’obligation en euros à échéance 2028 se négociait jeudi autour de 69 centimes pour un euro, accusant une baisse d’environ 10 centimes par rapport à son sommet hebdomadaire, et ce malgré la confirmation du versement du coupon.



