Le Sénégal prépare activement la renégociation du contrat d’exploitation du TER

De retour de Paris après une visite de 48 H, les 26 et 27 février, le ministre des Transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, apporte des éclairages sur les dossiers brûlants au cœur des relations entre la France et le Sénégal, et relevant de son département.
Nous avons appris par Africa Intelligence que vous êtes allés à Paris pour parler de divers sujets dont la dette due aux entreprises françaises. Pouvez-vous le confirmer ?
Je me suis effectivement rendu à Paris avec une équipe complète, composée du directeur général d’Air Sénégal, celui du Conseil d’étude des transports urbains durables (Cetud), le DG de la SenTer qui a en charge la gestion du patrimoine du TER… Il y avait aussi, dans la délégation, un représentant du ministère des Finances et du Budget, ainsi que l’ambassadeur du Sénégal. Cette mission constitue ma première rencontre avec mon homologue français des Transports. Nous avons discuté du TER, de la dette d’Air Sénégal envers les entreprises françaises, du Bus rapide transit avec le Cetud, etc. Les échanges se déroulent en toute cordialité. Nous avons surtout travaillé à déblayer le terrain en perspective du séminaire intergouvernemental entre le Sénégal et la France, prévu fin mars prochain.
À propos du train express régional, on parle beaucoup de l’arrivée à terme du contrat avec la SETER qui est une filiale de la SNCF. At-il été question du renouvellement de ce contrat ?
Il a effectivement été question du tri du contrat qui va arriver à terme au mois de mai. Nous avons également parlé des phases d’extension, c’est-à-dire la phase 2 (Diamniadio-Aibd), mais aussi la phase 3 qui devrait relier Sébikotane à Thiès. Tout cela a été abordé pas dans la pression comme certains ont été le dire, mais de façon anticipée et proactive. Le Sénégal est un État responsable. On ne peut pas attendre que le contrat arrive à terme pour entamer les discussions. D’autant plus que, comme vous le savez, les Jeux olympiques de la jeunesse arrivent et le TER est appelé à jouer un rôle important dans le transfert des visiteurs. Mais réglez ces jeux, il s’agit de responsabilité tout court. C’est comme ça qu’il faut comprendre ces discussions. On reste cohérent à la philosophie diplomatique-économique du Sénégal : diversification des partenaires, mais aussi la responsabilité. Nous n’avons ni d’exclusivité avec un pays ni de sens interdit avec un pays, encore moins avec la France avec laquelle sur une relation très ancienne et historique….
Peut-on envisager un renouvellement du contrat avec la SNCF ?
Comme je l’ai dit, nous sommes venus déblayer le terrain sur les sujets qui nous engagent, en perspective du séminaire intergouvernemental qui doit se tenir, en principe, fin mars. Les décisions finales seront prises à un plus haut niveau à l’occasion de ce séminaire. Le sujet a été évoqué dans le sens de préparer la partie technique, afin de permettre à l’autorité d’avoir tous les outils pour décider.
À part la SNCF, discutez-vous avec d’autres entreprises ?
Comme c’est la SNCF qui gère le TER à travers la SETER et que le contrat prévoit la possibilité d’un renouvellement, nous travaillons sur cette piste. Mais ce qui est clair, c’est que les termes seront renégociés et les intérêts du Sénégal préservés. Aussi, nous n’excluons aucune piste. Je dois dire que d’autres viennent frapper à la porte, il y a beaucoup de candidats…. Sans oublier que nous avons aussi une expertise locale avérée. Aujourd’hui, dans l’exploitation, il n’y a que sept expatriés. Nous avons travaillé à réduire au maximum le nombre d’expatriés, grâce aux clauses de transfert de technologie. Nous nous préparons donc à toutes les éventualités. Mais c’est quand même une bonne chose de pouvoir travailler avec des partenaires stratégiques. Nous sommes pour la souveraineté, mais aussi pour l’ouverture et la coopération équitable avec tous nos partenaires.
Combien l’État doit-il à la SETER ?
Ça ne sert à rien de dire que le Sénégal doit tant à la SETER ou à telle entreprise. Toutes les entreprises ont des dettes. Maintenant, quand la dette arrive à terme et qu’on ne paie pas, là on peut parler de problème. En vérité, c’est environ 15 milliards de francs au titre des décalages de paiement pour ne pas dire des arriérés de paiement. Nous avons pu discuter d’un moratoire avec un calendrier de paiement.
Quid de la dette d’Air Sénégal envers les entreprises françaises ?
Comme je l’ai dit pour la SETER, ce n’est pas très important de donner des chiffres sortis de leurs contextes. La dette d’Air Sénégal ne fait pas le cinquième de la dette de ses concurrents que nous avons l’ambition de dépasser. Oui nous avons des dettes, mais il n’y a rien d’alarmant. Les chiffres qui ont été donnés ne sont pas tout à fait exacts, ils ne permettent pas totalement la dette due aux entreprises françaises. Encore une fois, le montant n’est pas trop important. Nous avons pu stabilisateur ce qu’on leur doit au titre des arriérés. C’est moins de 10 milliards qu’on leur doit. Un échéancier a également été élaboré.
Africa Intelligence a également évoqué le contentieux avec la BPI. Pouvez-vous revenir sur les contours de ce contentieux ?
Il y a effectivement un contentieux judiciaire qui concerne les A330 qui sont au nombre de deux et qui assurent la liaison Paris-Dakar. Ce contentieux concerne le groupe BPI et le groupe des assureurs qui sont les britanniques et les allemands. Je dois préciser qu’il ya aussi des enjeux de souveraineté qui s’y attachent. Depuis des années, des gens prédisent la mort d’Air Sénégal. Certains sont surpris de la confiance que l’un des plus gros constructeurs, Boeing pour ne pas le nommer, fait à Air Sénégal. Nous craignons que ce clin d’œil soit l’un des éléments déterminants qui poussent certains à se braquer et à décréter la mise à mort de la compagnie. Mais ils se battent vainement. L’engagement des autorités est total et irréversible pour bâtir une compagnie de référence, malgré les difficultés.
Où êtes-vous avec le contentieux ?
D’abord, permettez-moi de préciser que, contrairement à ce que l’on dit, BPI est plus dans les dispositions, avec l’appui de la France, d’en finir avec cette affaire. Si ça ne tenait qu’à la partie française, on en aurait fini. Ce sont les autres parties notamment britanniques et allemandes qui enveniment la situation, qui sont dans le jusqu’au boutisme. Je parle de jusqu’au boutisme, parce que oui quand on prenait les affaires, il y avait des arrivées et des impayés. Mais aujourd’hui, toutes les arrivées ont été réglées. Malgré tout, les gens continuent de s’acharner et nous ne comprenons pas pourquoi. Mais nous n’allons pas nous laisser faire, nous allons nous battre. Quant au contentieux, il suit son cours au niveau des tribunaux à la fois britannique, mais aussi à Rome où se trouve l’un des avions, probablement aussi par au Sénégal où se trouve l’autre avion.
« La position stratégique du Sénégal fait l’objet de convoitise »
Pour leurs affaires. Beaucoup ne savent pas que la position géographique stratégique du Sénégal (4H du Brésil, 6H de l’Europe, 7H à 8H de New York et de l’Amérique du Nord), c’est une position presque unique. Aussi, le Sénégal vient de prouver, à travers ses deux certificats qu’on attend depuis les indépendances, des certificats en matière de sûreté et de sécurité, qu’il est un grand pays dans ce domaine. Le Sénégal abrite le siège de l’Asecna, il abrite le siège de l’OACI Afrique de l’Ouest et du Centre. Le Sénégal gère la FIR océanique qu’aurait pu gérer le Brésil, que réclament les États-Unis. C’est-à-dire que tous les avions qui circulent dans l’océan atlantique sont commandés à partir du Sénégal. Nous avons l’obligation de transformer cette position en or et en pétrole. Pour ce faire, il faut une compagnie vivante et performante. Ce ne sera pas facile parce que les gens ne nous laisseront pas faire. Mais nous sommes résolument engagés dans cette voie.
Quels sont les autres temps forts de cette visite ?
J’étais plus venu pour voir mon homologue en charge des Transports pour discuter de tous ces sujets. Je le répète, c’était surtout pour déblayer le terrain en perspective du séminaire intergouvernemental. En marge de cette visite, j’ai reçu l’AFD et Meridiam qui est actionnaire à 70% de Dakar mobilité qui gère le BRT. Pour l’AFD, ils nous ont fait un appui gracieux portant sur les études de la phase 3 du TER pour 10 millions d’euros.



