Société, Culture

Le verdict sans appel du juge Mamadou Yakham Keita

En séjour à La Mecque dans le cadre de la Oumrah, le magistrat sénégalais Mamadou Yakham Keita est intervenu publiquement pour commenter une décision récente de la Confédération africaine de football (CAF). Dans une publication diffusée sur sa page Facebook, le juriste a exprimé de vives réserves quant au retrait du trophée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qu’il considère juridiquement contestable et contraire aux principes fondamentaux du droit.

Dans son analyse, Mamadou Yakham Keita s’attaque directement à l’argumentaire avancé par la CAF, fondé notamment sur les articles 82 et 84 de ses règlements disciplinaires. Ces dispositions encadrent les situations de forfait ou d’incidents entraînant l’arrêt d’une rencontre. Selon le magistrat, leur champ d’application est clairement limité aux cas d’abandon définitif ou d’impossibilité manifeste de poursuivre un match.

Ou, souligne-t-il, les faits observés dans cette affaire ne correspondant pas à ces critères. Il rappelle que la rencontre concernée n’a pas été définitivement interrompue : les joueurs ont regagné le terrain et la partie à reprises sous l’autorité de l’arbitre. À ses yeux, cet élément est déterminant. « La rencontre a produit sa propre réalité juridique », affirme-t-il, insistant sur le fait qu’il ne peut être juridiquement question d’un abandon définitif dans ces conditions.

Le magistrat estime ainsi que la CAF a procédé à une interprétation extensive de ses propres textes, en qualifiant la situation de manière inappropriée. Une telle lecture, selon lui, s’éloigne des principes classiques du droit disciplinaire, en particulier celui de l’interprétation stricte des règles répressives. Ce principe impose en effet que toute sanction soit strictement fondée sur des textes clairs et précis, sans extension au-delà des cas expressément prévus.

Dans cette perspective, Mamadou Yakham Keita dénonce une application qu’il juge disproportionnée des sanctions disciplinaires. À ses yeux, la décision revient à appliquer « le régime le plus sévère à une situation non prévue », ce qui constituerait un entorse aux garanties fondamentales du droit. Il met en avant le risque d’insécurité juridique qu’une telle pratique pourrait engendrer au sein des compétitions sportives africaines.

Au-delà de la seule question réglementaire, le magistrat alerte également sur une problématique plus large liée à la qualification des faits. Il estime que la décision de la CAF pourrait traduire une tendance préoccupante consistant à reconstituer les faits pour les faire correspondre à une sanction prédéterminée. « Cela ouvre une brèche dangereuse : celle d’un droit qui ne qualifie plus les faits, mais les reconstruit », écrit-il.

Une telle dérive, poursuit-il, est susceptible d’éloigner la justice sportive de ses principes fondamentaux, notamment l’équité et la rigueur dans l’appréciation des situations. Pour le juriste, le respect scrupuleux des textes et des faits constitue une condition essentielle à la crédibilité des instances sportives et à la confiance des acteurs du football.

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