l’enquête révèle des tactiques militaires précises utilisées contre ses sauveteurs

En janvier 2024, les appels à l’aide de la jeune Hind Rajab, coincée dans un véhicule entourée des corps de ses proches à Gaza, suscitent une vive émotion à travers le monde. Douze jours après sa disparition, les restes de la petite fille de cinq ans et les deux sauveteurs du Croissant-Rouge envoyés pour la secourir ont été retrouvés. Aujourd’hui, une nouvelle analyse judiciaire apporte un éclairage détaillé sur les circonstances exactes de la destruction de leur véhicule d’intervention.
Selon les conclusions du groupe de campagne juridique Avaaz, partagées exclusivement avec la chaîne Al Jazeera, l’armée israélienne a eu recours à une manœuvre militaire qualifiée de « double-tap ». Cette tactique consiste à mener une première attaque sur une cible, puis à frapper une seconde fois le même site de manière différée, affectant ainsi les secouristes ou le personnel médical venu porter secours aux premières victimes.
Le rapport note que l’ambulance avait obtenu l’autorisation officielle du COGAT, l’organisme de l’armée israélienne chargé de coordonner les affaires civiles. Les forces déployées sur le terrain connaissaient donc l’heure d’arrivée des premiers intervenants ainsi que leur itinéraire. Alors que près de trois heures se sont écoulées entre la fusillade meurtrière contre le véhicule de la famille et l’attaque de l’ambulance, le document estime que la chaîne de commandement a eu suffisamment de temps pour évaluer la situation et communiquer avec ses troupes. Malgré cette coordination préalable, un char a ouvert le feu sur le véhicule sanitaire avec des obus de 120 mm, sans aucune sommation.
Sarah Andrew, directrice juridique d’Avaaz, a déclaré à Al Jazeera que l’absence de sommation et la nature des armes utilisées excluent l’hypothèse d’un coup de semonce en cas de soupçon sur l’utilisation de l’ambulance. L’organisation documente plus de 40 violations des droits humains liées à cet incident et prépare actuellement un dossier pour renvoyer l’affaire devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre.
Du côté des autorités israéliennes, l’armée a d’abord affirmé qu’aucune de ses unités n’était présente sur les lieux, avant de déclarer que les 335 impacts de balles constatés sur la voiture de la famille résultaient d’échanges de tirs avec des combattants palestiniens. Cependant, une reconstruction antérieure basée sur des images satellite et une analyse audio, réalisée par le groupe de recherche Forensic Architecture, n’a identifié que la présence de chars israéliens Merkava dans le périmètre, sans aucune preuve de tirs croisés.
La Fondation Hind Rajab, qui a collaboré aux enquêtes précédentes, indique détenir les noms de 24 auteurs présumés et se tient prête à soutenir la démarche d’Avaaz devant les tribunaux internationaux. Au moment de la publication de ces nouveaux éléments, l’armée israélienne n’avait pas répondu aux demandes d’explications formulées par Al Jazeera. Depuis le début des opérations militaires à Gaza, plus de 1 500 professionnels de santé ont perdu la vie.



