Les États-Unis attaquent l’OMC au premier jour de sa conférence ministérielle

Les Etats-Unis ont attaqué l’Organisation mondiale du commerce à l’ouverture d’une conférence ministérielle à Yaoundé jeudi, tandis que la Chine a pris le contre-pied en défendant l’OMC et en appelant à “s’opposer aux actes d’unilatéralisme et de protectionnisme”.
« Les mesures de politique commerciale américaines constituent une réponse corrective à un système commercial, incarné par l’OMC, qui a soutenu et contribué à des déséquilibres graves et persistants », a déclaré le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer.
Pendant quatre jours, les membres de l’organisation se réunissent au Cameroun pour tenter de relancer une institution fragilisée par les tensions géopolitiques, les blocages dans les négociations et la montée du protectionnisme, alors que la guerre au Moyen-Orient fait peser une menace sérieuse sur le commerce mondial.
« Le système commercial mondial connaît ses pires perturbations depuis 80 ans », a immédiatement déclaré la directrice générale de l’OMC, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, qui souligne également « l’unilatéralisme auquel nous assistons ».
L’OMC, qui peine à conclure des accords en raison de la règle du consensus, doit se réformer sur plusieurs fronts pour sortir d’une crise profonde remettant en cause son rôle central dans la régulation du commerce international.
“La réforme doit conduire à une OMC (…) capable de répondre aux défis d’aujourd’hui et de restaurer la confiance dans le système commercial multilatéral”, a soutenu le ministre camerounais du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana.
– “défaillance des institutions multilatérales” –
Même si tous les membres de l’OMC s’accordent sur la nécessité de réformer l’organisation, ils ne sont pas tous d’accord sur l’objectif final ni sur les domaines sur lesquels ces réformes devraient se concentrer.
Si le représentant américain au Commerce a souligné « l’échec des institutions et des négociations multilatérales à établir une équité en termes d’accès au marché et des règles du jeu équitables », le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, est venu en aide à l’institution.
Il a appelé les pays à « s’unir et à maintenir le cap pour soutenir fermement le système commercial multilatéral fondé sur des règles », ainsi qu’à « s’opposer conjointement aux actes d’unilatéralisme et de protectionnisme ».
“L’Union européenne est attachée à un système commercial multilatéral ouvert, équitable et fondé sur des règles, avec une OMC modernisée en son cœur”, ont également soutenu les ministres du Commerce de l’Union européenne, dans une déclaration adoptée en marge de cette 14e conférence ministérielle.
Du côté américain, l’une des principales revendications est la révision du principe fondamental de l’OMC dit de la « nation la plus favorisée » (NPF), qui garantit qu’un pays offre un traitement égal à tous ses partenaires commerciaux. Ce système contredit la politique commerciale américaine de Donald Trump.
Pour l’instant, seule l’UE a indiqué qu’elle n’était pas opposée à une réflexion sur ce sujet, alors que les pays en développement réclament haut et fort le maintien de ce principe.
Les États-Unis, la Chine et l’UE s’accordent toutefois sur la nécessité d’envisager un cadre de règles au sein duquel les pays intéressés peuvent avancer lorsqu’ils souhaitent s’engager dans une coopération économique plus étroite, notamment par le biais d’accords plurilatéraux. Ce qui ne plaît pas à l’Inde.
– Feuille de route –
“L’intégration des résultats plurilatéraux dans le cadre de l’OMC doit se faire sur la base d’un consensus et ne pas porter atteinte aux droits existants des non-parties ni leur imposer des obligations supplémentaires”, a déclaré jeudi le ministre indien du Commerce et de l’Industrie, Piyush Goyal.
Aucun accord significatif n’est attendu à Yaoundé, mais l’OMC espère que ses membres parviendront à adopter une feuille de route sur la réforme, dans le but d’aboutir à un résultat plus concret lors de la prochaine réunion ministérielle.
Plusieurs membres souhaitent modifier les procédures décisionnelles de l’organisation, qui suivent le principe du consensus, mais aussi revoir les règles relatives aux pays en développement et celles concernant l’égalité des conditions de concurrence, et remettre en état de marche le mécanisme de règlement des différends commerciaux. [AFP]



