Les habitants de Goxu Mbathie réclament un comité consultatif transfrontalier

Les habitants de Goxu Mbathie, dans la Langue de Barbarie à Saint-Louis, ont exprimé samedi leur inquiétude face à la situation frontale lors d’un point de presse. À travers un mémorandum rédigé au gouverneur, ils demandent la mise en place d’un comité consultatif transfrontalier, tout en prenant acte du communiqué officiel qui appelle au calme.
Réunis en point de presse, les acteurs communautaires de Goxu Mbathie, quartier situé dans la Langue de Barbarie, ont fait partie de leur vive souffrance. Mamadou Sarr, président de la commission environnement et préservation des ressources de l’Association des pêcheurs artisanaux à la ligne de Saint-Louis, a décrit un climat d’angoisse. « Ce qui nous réunit aujourd’hui, c’est vraiment le désarroi, la peur et l’incompréhension », a-t-il déclaré. Le responsable souligne que les pêcheurs vivent avec leurs familles, leurs équipements et leurs activités économiques dans cette zone sensible. La présence observée d’un cantonnement militaire du côté mauritanien, visible depuis le quartier, alimente, selon lui, les inquiétudes. « Quoi de plus normal pour un père ou une mère de famille de s’inquiéter ? », s’interroge-t-il. Les populations estiment qu’elles ont droit au même niveau de sécurité que les autres citoyens du pays. « Nous sommes des citoyens sénégalais, nous payons nos impôts. Au nom de quoi assurer-t-on la sécurité ailleurs et pas ici ? », a insisté Mamadou Sarr. Tout en réaffirmant les liens historiques entre Sénégalais et Mauritaniens, les habitants plaident pour une gestion préventive de la situation afin d’éviter toute escalade. « Entre nous et nos voisins mauritaniens, il ne peut y avoir que la paix. Mais cette paix-là, il faut la cultiver », a ajouté le porte-parole.
Un mémorandum pour une gouvernance participative
En parallèle du point de presse, plusieurs organismes locaux ont transmis au gouverneur de Saint-Louis un mémorandum proposant la création d’un Comité consultatif socio-économique transfrontalier (CCSET). Selon les signataires, constitués de pêcheurs, femmes transformatrices, jeunes et acteurs communautaires, la zone frontale est devenue plus sensible avec le développement du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA). Ils estiment que la frontière, désormais à la fois halieutique, énergétique et sécuritaire, nécessite un mécanisme de dialogue permanent pour prévenir les incidents. Le comité proposait notamment la prévention des conflits, la gestion anticipée des incidents et la stabilisation sociale durable de la frontière.
Dans un communiqué daté du 27 février 2026, le gouverneur de Saint-Louis a apporté des précisions importantes. Après vérification par la Commission nationale de gestion des frontières, l’autorité administrative affirme que le projet de poste de contrôle évoqué sur les réseaux sociaux se situe en territoire mauritanien, conformément au tracé officiel de la frontière. Al Hassan Sall indique également avoir reçu les représentants de Goxu Mbathie et leur avoir présenté la carte matérialisant le tracé frontalier. Il a surtout lancé un appel ferme invitant les populations « au calme, à s’abstenir de toute action hostile » et à se rapprocher des autorités compétentes pour toute préoccupation.
Malgré ces assurances, les organisations communautaires maintiennent leur demande d’un cadre participatif formel. « Nous appelons les autorités à venir parler avec la population… La population ne demande qu’à être rassurée », conclut Mamadou Sarr. Les acteurs locaux privilégient l’unité et le dialogue avec l’État, tout en avertissant que la situation mérite une attention rapide afin de préserver la stabilité dans cette zone frontalière sensible.


