Société, Culture

L’étrange parrainage burundais de Macky Sall

Porté par Bujumbura et non par Dakar, l’ancien président brigue le poste de secrétaire général de l’ONU dans des conditions opaques. Son nom ne figure même pas sur la liste officielle des candidatures africaines endossées par l’Union africaine.

C’est désormais officiel : Macky Sall est candidat à la succession d’António Guterres au poste de secrétaire général de l’ONU, qui prendra fin le 31 décembre prochain. Mais derrière cette ambition longtemps rumeur, se cachent des zones d’ombre troublantes. La candidature de l’ancien chef d’État a été déposée début mars auprès des Nations Unies par le Burundi, et non par son propre pays. Plus étonnant encore : le nom de Macky Sall ne figure pas dans la liste officielle des candidatures africaines endossées par l’Union africaine lors du dernier sommet d’Addis-Abeba, selon Jeune Afrique.

“Pendant le dernier sommet à Addis-Abeba, il ya eu une sorte de long document d’une trentaine de pages qui énumérait toutes les candidatures africaines endossées par l’UA à différents postes et hautes fonctions. Curieusement, le nom de Macky Sall ne figure pas dans cette liste”, révèle Medhi Ba. Une absence qui interroge d’autant plus que c’est le président burundais Évariste Ndayishimiye, actuel président de l’Union africaine, qui porte personnellement cette candidature. Cette situation laisse “à penser que la façon dont le consensus a été atteint au niveau de l’Union africaine a été fait de manière relativement occulte ou discrète”, analyse le journaliste.

La question centrale demeure : pourquoi le chef d’État burundais porte-t-il cette candidature ? Le fait-il au nom de l’Union africaine qu’il préside, ou seulement au nom du Burundi ? Selon Jeune Afrique, « Évariste Ndayishimiye a endossé cette candidature de Macky Sall [qui] n’a pas été discutée de manière ouverte et d’une manière qui respectait les processus décisionnels pour ce type de situation de l’Union africaine”. Un mode opératoire qui tranche avec la transparence normalement attendue pour un poste aussi.

Cette opacité contraste avec le silence assourdissant de Dakar. Paradoxalement, si Macky Sall bénéficie du soutien burundais, il ne dispose d’aucun appui de son propre pays. Début février, rapport Jeune Afrique, l’ex-président avait pourtant écrit à son successeur Bassirou Diomaye Faye pour solliciter son soutien, sans obtenir de réponse. Un camouflet qui s’explique clairement : “L’actuel chef de l’État Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko ont sévèrement combattu le régime de Macky Sall lors de ses deux mandats”, précise le média.

Pire encore, la découverte par le nouveau gouvernement sénégalais d’une “dette cachée colossale de l’ordre de 7 milliards de dollars” entache sérieusement la crédibilité de la candidature. “Il y a aussi la question de la dette cachée qui peut entacher justement la candidature de Macky Sall et sa crédibilité à assumer une telle fonction assez prestigieuse”, souligne Herman Boko de Jeune Afrique.

Un passif répressif et une bataille diplomatique incertaine

Mais c’est surtout le bilan répressif du deuxième mandat de Macky Sall qui suscite l’indignation. Entre 2021 et 2024, rappelle Jeune Afrique, “une période de tension politique extrême” opposée au régime au principal parti d’opposition, le Pastef, cristallisée autour de la personne d’Ousmane Sonko. “Il y a eu une répression des manifestations pro-Ousmane Sonko, une vague de répression absolument colossale et inédite dans l’histoire sénégalaise”, dénonce Medhi Ba. Un collectif représentant les proches des victimes a ainsi publiquement condamné la candidature dans “des termes très durs”, affirmant qu’une “telle personne ne mérite pas d’être secrétaire général de l’ONU”.

Malgré ces critiques, Macky Sall avance ses pions et a déjà présenté son programme : « Mon objectif stratégique consiste à travailler en étroite collaboration avec les États membres de l’organisation pour aider à restaurer la confiance dans le multilatéralisme », a-t-il déclaré. Il joue, reconnaît Jeune Afrique, “d’une crédibilité à l’international depuis son passage à la tête de l’Union africaine en 2022”, où il a défendu l’accès égalitaire aux droits de tirage spéciaux du FMI, plaidé pour un siège africain permanent au Conseil de sécurité et servi de médiateur dans la crise russo-ukrainienne.

Face à lui, trois concurrents : l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet, Rafael Grossi (directeur de l’AIEA) et Rebeca Grynspan (ex-vice-présidente du Costa Rica). Pour être élu, il faudra 9 voix sur 15 au Conseil de sécurité sans veto obtenir des membres permanents. Mais un obstacle de taille se dresse : selon les règles tacites de rotation, “c’est au tour de l’Amérique latine d’assurer la charge du secrétariat des Nations Unies”, rappelle Jeune Afrique. “Il va falloir batailler”, prévient le média, qui reconnaît néanmoins au tacticien Macky Sall “une idée derrière la tête et un plan” pour atteindre ses objectifs.

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