L’humanité face à sa propre déchéance

Alors que des centaines de vies humaines disparaissent chaque jour, l’attention mondiale demeure absorbée par la flambée des prix du pétrole et du gaz. La vie semble avoir perdu toute valeur. La mort ne choque plus ; elle s’est banalisée. Parler d’économie en oubliant les êtres humains qu’elle est censée servir de relève du cynisme, voire de la cruauté. La guerre issue de l’alliance américano-israélienne contre l’Iran a des conséquences dévastatrices pour les populations du Moyen Orient, en particulier au Liban et en Iran.
Au Liban, les bombardements indiscriminés de Tsahal ont déjà provoqué plus d’un million de déplacés, contraintes de fuir dans l’espoir — souvent illusoire — de trouver refuge. Des milliers d’enfants ont été tués, dans une indifférence presque totale.
Le 28 février 2026, premier jour de l’offensive israélo américaine, plus de 150 fillettes ont péri dans une école primaire à Minab. Pourtant, les pays qui se présentent comme les défenseurs des droits humains — parmi lesquels certains États européens et plusieurs monarchies du Golfe alliés de Washington — préfèrent condamner la riposte de l’Iran, pourtant État agressé, plutôt que de dénoncer les violations commises par les forces attaquantes. Combien, parmi eux, ont condamné le massacre des élèves ? Combien ont exprimé leur indignation face à la mort de centaines d’enfants au Liban ?
Dans le même temps, le Pakistan et l’Afghanistan s’enlisent dans une guerre violente qui ne semble émouvoir presque personne. Plus de 400 personnes ont été tuées en une seule journée lors d’une attaque contre un hôpital à Kaboul. Malgré la gravité des conflits qui ravagent aujourd’hui le monde, aucune initiative internationale d’envergure ne voit le jour pour mettre fin à ces carnages. Pourtant, une vingtaine de pays se disent prêts à former une coalition pour sécuriser le détroit d’Ormuz et contenir la flambée des prix de l’énergie. Hélas, l’humanité semble avoir perdu son humanité. La violence, dans ses formes les plus extrêmes, ne choque plus. La banalisation de la souffrance humaine révèle une inquiétante d’échéance morale. Les conflits qui se multiplient illustrent également l’incapacité des institutions internationales à prévenir et à résoudre les affrontements de haute intensité et à restaurer l’humanité de l’humanité.
Quand la souffrance humaine cesse de choquer
Le Soudan traverse aujourd’hui la plus grave catastrophe humanitaire au monde, une tragédie qui se prolonge depuis plus de trois ans dans un silence international assourdissant. Plus d’un million de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers, arrachées à leur quotidien, tandis que l’indignation sélective continue de dominer au sein des plus hautes instances internationales. Face à cette crise d’une ampleur inédite, il est impératif de rappeler une vérité fondamentale : toutes les vies possèdent une égale dignité, sans distinction, sans hiérarchie, sans priorisation. Pour restaurer l’humanité de l’humanité, il faut résister à toutes les formes de brutalité.
Restaurer l’humanité dans un monde indifférent
Depuis l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, Donald Trump semble convaincu qu’il lui revient de renverser tout dirigeant jugé hostile aux intérêts américains. Il ne se considère plus seulement comme le président d’une grande puissance : il semble s’imaginer investir d’une mission quasi messianique. Cette logique s’exprime par la prédation des ressources énergétiques et des minéraux stratégiques, par le renvoi massif d’étrangers, et même par l’expulsion d’Américains de couleur vers des pays qui ne sont pas les leurs. Cruauté inouïe. À cela s’ajoute son ambition déclarée d’intégrer le Canada comme 53ᵉ État américain, une démarche qui s’inscrit dans une logique hégémonique et néocoloniale. Trump apparaît comme un dirigeant mû par ses seuls intérêts. Comme l’explique Noam Chomsky dans Le profit avant l’homme, la logique néolibérale place exclusivement les bénéfices au-dessus de la personne humaine.
Révisionniste, Donald Trump n’hésite pas à réviser l’histoire pour servir ses objectifs : en affirmant que les États-Unis auraient sauvé le Danemark de la perte du Groenland pendant la Seconde Guerre mondiale, il tente de se fabriquer une légitimité historique auprès des Groenlandais. Plus que jamais, l’actualité montre l’urgence de préserver ce qui reste d’humanité dans l’humanité. Défendre l’humanité, c’est protéger la sacralité de la vie. Sauver l’humanité de ses dérives, c’est lui rendre sa véritable essence : celle qui place la dignité humaine au-dessus de toutes les ambitions. L’humanité de l’humanité, c’est le combat pour la dignité.


