L’inquiétante retenue des jihadistes à la frontière sénégalaise

(SénéPlus) – Le groupe jihadiste Jnim, principale organisation armée affiliée à Al-Qaïda au Sahel, a choisi de ne pas franchir la frontière sénégalaise malgré sa progression vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, révèle un rapport de l’International Crisis Group publié vendredi 20 février 2026.
Selon ce document de 40 pages intitulé “Le Jnim et le dilemme de l’expansion au-delà du Sahel”, cette retenue s’expliquerait par la crainte de “faire basculer contre eux des États dotés d’appareils de sécurité équipés et organisés (surtout dans le cas du Sénégal)”.
Le Sénégal figure pourtant parmi les premiers pays de la région à avoir été confrontés à la menace jihadiste. Selon le rapport, “le Sénégal a commencé à identifier et à arrêter des jihadistes présumés dès 2010, avant même le déclenchement de la crise au Sahel central”, citant un rapport de la Cedeao de 2013.
L’organisation note également que “les services de renseignement du Sénégal ont identifié et arrêté sur leur territoire des éléments suspectés d’appartenir ou de sympathisant avec les mouvements jihadistes sahéliens, dont le Jnim”, rappelant notamment des arrestations à Dakar en avril 2017.
De manière surprenante, Crisis Group révèle que « certains dirigeants du Jnim cherchaient à préserver des pays comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire », et vraisemblablement le Sénégal, « afin que les combattants, ainsi que les familles des communautés pastorales fuyant les pays de l’AES. […]peux s’y réfugier”.
Un sanctuaire potentiel pour les familles de combattants
Le rapport précise que “le Jnim a développé au cours des dernières années des ramifications dans l’ouest et le sud du Mali, conduisant des activités militaires dans des localités frontalières avec la Guinée et le Sénégal”. Cependant, ajoute Crisis Group, “le groupe s’est, jusqu’à présent, abstenu de mener des opérations armées de l’autre côté de ces frontières”.
En novembre 2018, Hamadoun Kouffa, l’un des cofondateurs du Jnim, avait appelé « les Peuls du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Nigeria et du Cameroun à prendre part à sa lutte », selon le document de Crisis Group.
Mais l’organisation souligne qu'”en dehors des trois pays du Sahel central, les autres États mentionnés par Hamadoun Kouffa n’ont pas tous été visés par le Jnim”, témoignant d’un écart entre la rhétorique et la réalité opérationnelle du groupe.
Le rapport souligne l’importance d’une “coopération régionale indispensable” pour contenir la menace jihadiste. “Prévenir l’avancée des jihadistes nécessite le renforcement des approches sécuritaires bilatérales et multilatérales”, affirme Crisis Group, basé à Dakar et Bruxelles.
L’organisation recommande aux États côtiers d'”approfondir leur compréhension des dynamiques locales”, de “raviver la coopération régionale fragilisée” avec les pays sahéliens, et d'”explorer de possibles compromis avec les insurgés afin de réduire les violences”.
Fondé au Mali en 2017, le Jnim a été impliqué dans 16.023 incidents violents ayant fait 39.850 morts entre mars 2017 et fin 2025 au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Bénin et au Togo, selon les données citées par le rapport.



