L’introuvable monnaie unique ouest-africaine | SènePlus

(SénéPlus) – Dans un éditorial paru le 9 mars dans les colonnes de Jeune Afrique, la journaliste Aurélie M’Bida décrypte les illusions et les luttes de pouvoir qui entourent le lancement de l’eco, la future monnaie de la Cedeao.
Lors d’une récente réunion à Monrovia, les gouverneurs des banques centrales de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont une nouvelle fois fixé le lancement de l’éco à 2027. Pourtant, comme le souligne la journaliste, à chaque sommet, « le calendrier est décalé, les mots changent, mais l’équation politique reste insoluble ». Pire encore, le projet menace désormais de se faire au prix d’une fracture régionale, le Nigeria envisage ouvertement de faire cavalier seul.
Pour comprendre l’impasse actuelle, il faut remonter à la fin de la décennie précédente. Le 21 décembre 2019, le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue français Emmanuel Macron annoncent depuis Abidjan une refonte du franc CFA, la présentant d’emblée comme la première pierre de l’éco.
Cette initiative bilatérale a provoqué l’ire des pays anglophones. Le président nigérian de l’époque, Muhammadu Buhari, y avait vu une « captation du projet », rappelle l’éditorialiste de Jeune Afrique. Depuis cet épisode, la devise commune est devenue un instrument diplomatique pour « marquer un territoire dans une Cedeao fragmentée entre le poids lourd francophone et le géant anglophone », analyse l’auteur.
Un projet percuté par la géopolitique
Outre ces querelles de leadership, le calendrier monétaire s’est fracassé sur la réalité sécuritaire et politique de la région. L’idée même d’une union monétaire repose sur la stabilité et la convergence macroéconomique. Or, en actant leur retrait de la Cedeao pour fonder l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont bouleversé les équilibres ouest-africains. Comme l’écrit Aurélie M’Bida, « le temps politique a couru plus vite que le temps monétaire ». Dans ce contexte de rupture, il devient très compliqué de « “vendre” une intégration monétaire comme si l’intégration politique allait suivre », relève JA.
Face à l’enlisement du projet global, une nouvelle stratégie se dessine du côté d’Abuja. Un communiqué de la présidence nigériane, publié dans la foulée du sommet de Monrovia, a jeté un pavé dans la mare en évoquant une « première phase » de déploiement. Celle-ci rassemblerait le Nigeria, le Ghana, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée et la Gambie. L’hypothèse d’un lancement « “sans l’Uemoa” n’est plus un tabou », note Aurélie M’Bida, qui qualifie cette idée de « ballon d’essai lancé de manière aléatoire ».
Ce scénario d’un éco excluant la zone francophone, qui dispose pourtant déjà d’une banque centrale opérationnelle et d’une monnaie commune, constituerait une véritable bombe politique.
Si l’échéance de 2027 est aujourd’hui brandie par les institutions, elle s’apparente davantage à une fuite en avant. Ce millésime n’est d’ailleurs qu’un énième rapport d’un calendrier actif dès 2021. « On nous annonce donc pour demain ce qui a été repoussé hier », ironise l’éditorialiste. Sur le terrain, les défis restent immenses. Le véritable enjeu, conclut l’article de Jeune Afriquen’est pas le nom de la devise, mais bien la capacité des États à « combiner discipline budgétaire, maîtrise de l’inflation, crédibilité et instauration d’institutions communes ».



