L’Iran dévoile de « gros mensonges » américains

À la veille de nouveaux pourparlers prévus jeudi à Genève sous médiation omanaise, les tensions verbales s’accumulent entre Washington et Téhéran, malgré l’affirmation par les deux parties de leur volonté de privilégier la voie diplomatique. Le président américain Donald Trump a accusé l’Iran de poursuivre ses ambitions nucléaires militaires et de développer des missiles susceptibles de menacer l’Europe, les bases américaines et, à terme, le territoire des États-Unis. Des accusations aussitôt rejetées par les autorités iraniennes, qui dénoncent des « gros mensonges » et affirment qu’un accord demeure « à portée de main ».
Dans un message publié sur le réseau social X, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a contesté les déclarations américaines relatives au programme nucléaire iranien, aux capacités balistiques du pays ainsi qu’au nombre de victimes des troubles survenus en janvier. Il a souligné que ces affirmations relevaient d’une « répétition de gros mensonges ». Quelques heures plus tôt, lors de son discours de politique générale devant le Congrès, Donald Trump avait affirmé que l’Iran avait « déjà développé des missiles qui peuvent menacer l’Europe et nos bases » et employé à des vecteurs capables d’atteindre « bientôt les États-Unis ».
Le président américain a également accusé Téhéran de poursuivre « ses sinistres ambitions nucléaires », tout en imposant une résolution diplomatique. « Ma préférence va à une résolution de ce problème par la diplomatie », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il ne pourra « jamais au principal soutien mondial du terrorisme » de se doter de l’arme nucléaire. Il a par ailleurs souligné ne pas avoir encore entendu de la part des iraniens responsables l’engagement explicite selon lequel ils « n’auront jamais l’arme nucléaire ».
Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé que son pays était « déterminé à parvenir à un accord juste et équitable – dans les plus brefs délais ». Il a évoqué une « opportunité historique » de conclure un accord inédit prenant en compte les intérêts mutuels, estimant qu’un compromis était possible si la diplomatie était pleinement privilégiée. Téhéran continue de nier toute ambition nucléaire militaire, tout en réaffirmant son droit au développement du nucléaire civil dans le cadre du Traité de non-prolifération (TNP), dont l’Iran est signataire.
Les deux pays ont renoué le dialogue le 6 février à Mascate, à Oman. L’an dernier, cinq sessions de pourparlers nucléaires s’étaient tenues, avant d’être interrompues par une escalade militaire qualifiée de « guerre de 12 jours », déclenchée en juin à la suite d’une attaque israélienne. Durant cet épisode, les États-Unis avaient procédé à des frappes contre des sites nucléaires iraniens. Parallèlement aux discussions diplomatiques, Washington a renforcé sa présence militaire dans la région du Golfe, évoquant la possibilité d’une action en cas d’échec des négociations.
Au-delà du dossier nucléaire, Donald Trump a également accusé les autorités iraniennes d’avoir tué 32 000 personnes lors de la répression d’un mouvement de contestation ayant culminé les 8 et 9 janvier. Les responsables iraniens font plus de 3 000 morts, tout en attribuant les violences à des « actes terroristes » qu’ils imputent aux États-Unis et à Israël. L’organisation Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, a pour sa part recensé plus de 7 000 morts, majoritairement des manifestants, en précisant que le bilan réel pourrait être plus élevé.
En Iran, la contestation a repris dans certaines universités de Téhéran depuis la rentrée universitaire. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, authentifiées par l’AFP, montrent des étudiants brûlant le drapeau de la République islamique et scandant des slogans hostiles au pouvoir, dont « Mort au dictateur », en référence au guide suprême Ali Khamenei. La porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a reconnu le droit de manifester des étudiants tout en les appelant à ne pas franchiser des « lignes rouges ». Selon des témoignages de l’AFP, les mobilisations restaient circonscrites aux grandes universités de la capitale.



