L’islamologue Tariq Ramadan condamné à 18 ans de réclusion criminelle

L’islamologue suisse Tariq Ramadan a été condamné ce mercredi 25 mars à 18 ans de réclusion criminelle par la cour criminelle départementale de Paris. Jugé par défaut et à huis clos, il comparait pour des accusations de violations portées par trois femmes pour des faits présumément commis entre 2009 et 2016. Cette peine correspond aux réquisitions formulées la veille par l’accusation, qui avait également demandé l’émission d’un mandat d’arrêt à son rencontre.
Déjà condamné de manière définitive par la justice suisse pour la violation d’une femme, Tariq Ramadan faisait face en France à plusieurs chefs d’accusation, dont une violation aggravée, impliquant des violences et une situation de vulnérabilité de la victime. Les faits examinés par la justice française concernent notamment une agression présumée survenue en octobre 2009 à Lyon, ainsi que deux autres accusations portant sur des faits allégués en 2012 à Paris et en 2016.
Parmi les plaignantes figure Henda Ayari, ancienne salafiste devenue militante laïque, qui avait contribué à déclencher l’affaire en déposant plainte en octobre 2017. Une autre plaignante, identifiée sous le prénom d’emprunt « Christelle », a décrite devant les médias des faits particulièrement violents, affirmant avoir subi des coups et des violences sexuelles dans une chambre d’hôtel à Lyon. Elle a notamment évoqué des crises et des appels à l’aide restés sans effet au moment des faits qu’elle relate.
Les deux autres femmes accusent également Tariq Ramadan de leur avoir imposé des actes sexuels violents et non consentis. Face à ces accusations, l’islamologue a toujours contesté les faits, évoquant des « mensonges » et affirmant que ses accusatrices se concerteraient. Lors de l’instruction, il avait reconnu des relations sexuelles qu’il avait qualifiées de « fougeuses », tout en soutenant qu’elles étaient consenties.
Ses avocats ont, de leur côté, énoncé des erreurs dans l’enquête et mis en avant des éléments qu’ils jugent favorables à la défense. L’une de ses conseils, Me May Sarah Vogelhut, avait notamment évoqué l’existence de « preuves techniques et scientifiques » susceptibles de contredire les conclusions des juges d’instruction, allant jusqu’à affirmer qu’un piège aurait été tendu à son client.
Le procès s’est tenu en l’absence de l’accusé, hospitalisé à Genève selon ses avocats, qui avaient subi une aggravation de sa sclérose en plaques. À l’ouverture de l’audience, la présidente de la cour criminelle, Corinne Goetzmann, avait ordonné une expertise médicale afin d’évaluer son état de santé et sa capacité à comparer. Les conclusions des experts, rendues le 6 mars, ont fait état d’une maladie stable, sans signe de récente, estimant qu’il était en mesure d’être jugé.
Sur la base de ce rapport, la cour a rejeté la demande de renvoi du procès et a décidé de juger Tariq Ramadan par défaut. La maison close a été prononcée à la demande d’une partie civile. Par ailleurs, un mandat d’arrêt à exécution immédiate a été délivré contre l’accusé, ouvrant la voie à une éventuelle arrestation dans le cadre de la coopération judiciaire internationale.



