l’objectif final de Tel-Aviv dépasse le simple renversement du pouvoir

Alors que les opérations militaires conjointes entre les États-Unis et Israël se poursuivent sur le sol iranien, la stratégie politique de Tel-Aviv se précise. Au-delà des destructions matérielles et des pertes humaines, les autorités israéliennes subissent une transformation radicale de la structure étatique de leur adversaire historique.
À la suite de la mort du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est adressé directement à la population iranienne. Dans un message diffusé en farsi, il a exhorté les citoyens à descendre dans les rues par millions pour renverser le gouvernement. Cette déclaration intervient dans un contexte de violents bombardements qui, selon les données rapportées par Al Jazeera, ont déjà coûté la vie à plus de 555 personnes en Iran, dont 180 dans une école pour filles située dans le sud du pays.
Si le discours officiel encourage un soulèvement populaire, les analystes soulignent une ambition stratégique beaucoup plus large. Selon Daniel Levy, ancien conseiller du gouvernement israélien intégré par Al Jazeera, Tel-Aviv n’a aucun intérêt à voir s’installer une transition politique pacifique à Téhéran. L’objectif véritable serait l’effondrement total de l’État iranien et son implosion de l’intérieur. Une telle dislocation pourrait s’étendre à l’Irak et à d’autres zones d’influence, éliminant ainsi un contre-pouvoir régional majeur. Ce scénario laisserait le champ libre à Israël pour reconfigurer la région et poursuivre ses opérations militaires, avec la Turquie en ligne de mire, certains responsables israéliens qualifiant déjà Ankara de « nouvel Iran ».
Sur le plan intérieur, cette offensive bénéficie d’un consensus politique quasi total. Des figures de l’opposition centriste comme Yair Lapid ou de la droite comme Naftali Bennett se sont alignées derrière le gouvernement. Même Yair Golan, chef de file des Démocrates (centre-gauche), a apporté son soutien absolu à l’armée. Ahron Bregman, chercheur au King’s College de Londres, observe un fort appui à la guerre au sein de la population israélienne, et comprend dans les franges libérales, convaincues que la chute du pouvoir iranien transformera le Moyen-Orient.
La pérennité de cette campagne militaire dépend toutefois de facteurs externes échappant au contrôle d’Israël. L’effort de guerre est massivement soutenu par Washington, où l’opinion publique se montre de plus en plus réticente face à ce conflit. La question de l’endurance des alliés régionaux se pose également avec acuité. Il n’est pas certain que les pays voisins, déjà ciblés par des frappes de représailles iraniennes, acceptent de subir durablement les conséquences de cette escalade. Enfin, les priorités du président américain Donald Trump constituent une inconnue majeure pour les stratégies israéliennes, qui envisagent l’éventualité d’un retrait de leur principal allié avant l’atteinte de leurs objectifs finaux.


