l’ONU alerte sur la prolifération d’une arme spécifique

Une nouvelle attaque meurtrière vient de frapper l’ouest du Soudan, aggravant une situation sécuritaire déjà précaire. Alors que le conflit entre l’armée régulière et les forces paramilitaires fait rage depuis avril 2023, les derniers jours ont été marqués par une intensification soudaine des violences ciblant les zones peuplées, poussant les Nations Unies à tirer la sonnette d’alarme sur une évolution tactique majeure des belligérants.
Jeudi, le marché très fréquenté d’Adikong, situé près de la frontière avec le Tchad, a été la cible d’une frappe qui a enflammé des réserves de carburant. Le bilan fait état de 11 personnes tuées et de dizaines de blessés. L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) a indiqué avoir pris en charge plus de 20 blessés, dont sept enfants, dans un hôpital qu’elle soutient à Adré, du côté tchadien de la frontière. Selon l’ONG, il s’agit de la deuxième attaque meurtrière de ce type dans la même zone en moins d’un mois.
L’élément central de cette escalade est l’utilisation massive de drones de combat. Volker Turk, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, a révélé que les assauts aériens impliquant ces appareils ont coûté la vie à plus de 200 civils dans la seule région du Kordofan et dans l’État du Nil Blanc depuis le 4 mars. Il a fermement dénoncé le déploiement continu d’armes explosives dans des zones densément peuplées.
La chronologie des frappes récentes illustre l’ampleur de cette campagne. Dans le Kordofan de l’Ouest, au moins 152 civils ont péri dans des attaques attribuées aux Forces armées soudanaises (SAF). Le 4 mars, une cinquante personnes ont été tuées lorsque le marché et l’hôpital d’al-Muglad ont été touchés simultanément. Les jours suivants, des bombardements sur les marchés d’Abu Zabad et de Wad Banda ont fait 40 morts supplémentaires, tandis qu’un camion transportant des civils a été pulvérisé à al-Sunut, faisant au moins 50 victimes, dont des femmes et des enfants. De leur côté, les Forces de soutien rapide (RSF) ont utilisé des drones pour frapper une école et un centre de santé dans le village de Shukeiri, tuant au moins 17 personnes à la veille de l’attaque d’Adikong.
S’exprimant auprès d’Al Jazeera, Mukesh Kapila, professeur de santé mondiale et d’affaires humanitaires à l’Université de Manchester, a souligné que l’utilisation des drones s’accélérait pour devenir une arme privilégiée dans ce conflit. Selon lui, leur faible coût et leur facilité de lancement en font des instruments de terreur massifs, dirigés sélectivement vers des hôpitaux, des points d’eau et des camps de déplacés, bien au-delà des lignes de front.
L’approvisionnement en drones repose sur des réseaux internationaux complexes. Selon les données disponibles, l’armée soudanaise est dotée de drones iraniens de type Mohajer-6, en plus d’un soutien militaire turc et russe. Les RSF, dépourvues de force aérienne propre, s’équipent via des routes d’approvisionnement transitant notamment par le Tchad, avec des rapports pointant vers les Émirats arabes unis comme facilitateur clé, une allégation que les autorités d’Abou Dhabi démentent.
Depuis le début des hostilités, plus de 1 000 attaques de drones ont été documentées à travers le pays. Les conséquences sur la population civile placent aujourd’hui le Soudan au cœur de la plus grande urgence humanitaire mondiale. Selon les Nations Unies, 33,7 millions de personnes ont immédiatement reçu une assistance immédiate et plus de 12 millions ont été contraintes de fuir leurs foyers.



