l’Union européenne prépare une parade inédite pour contourner le veto de la Hongrie

Les élections législatives prévues le 12 avril en Hongrie sont perçues comme une étape déterminante pour l’avenir des politiques communes de l’Union européenne. Sous la direction du Premier ministre Viktor Orban, Budapest s’oppose régulièrement à son veto aux décisions européennes, notamment concernant l’aide financière à l’Ukraine, la politique d’asile et la stratégie énergétique commune.
Selon les données relayées par Al Jazeera, le parti d’opposition Tisza, dirigé par Peter Magyar, devance actuellement le Fidesz au pouvoir d’environ 10 points dans les sondages. Le programme de l’opposition prévoit un renforcement de l’orientation européenne de la Hongrie, l’organisation d’un référendum contraignant sur l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, et des mesures contre la corruption visant à débloquer les fonds européens actuellement retenus.
Face aux blocages répétés du gouvernement hongrois actuel, les institutions européennes ont commencé à développer des mécanismes de contournement. Lors d’un sommet en décembre 2023, les dirigeants européens avaient demandé à Viktor Orban de quitter la salle afin de pouvoir déclarer à l’unanimité l’Ukraine comme pays candidat, une manœuvre facilitée par la promesse de débloquer 10 milliards d’euros de fonds européens destinés à la Hongrie.
Pour surmonter l’opposition actuelle de Budapest à un prêt à faible coût de 90 milliards d’euros destiné à Kiev, l’Union européenne envisage désormais une nouvelle approche. L’option à l’étude consistait à émettre un ensemble de 26 prêts bilatéraux accordés à l’Ukraine par les autres États membres. Cette flexibilité s’inspire de précédents historiques, comme le mécanisme de prêts bilatéraux mis en place en 2010 pour la Grèce avant la création d’un fonds commun pour la zone euro.
Le blocage de ce financement de 90 milliards d’euros fait suite à une volte-face du Premier ministre hongrois. Après avoir initialement donné son accord en décembre, Viktor Orban est revenu sur sa décision le mois dernier. Ce revirement est intervenu après le refus de l’Ukraine de réparer l’oléoduc Druzhba, qui achemine du pétrole russe vers la Hongrie, suite à un bombardement accidentel par la Russie.
Les conséquences de ce gel financier inquiètent les autorités ukrainiennes. Le président Volodymyr Zelensky a récemment indiqué que sans le déblocage de ces fonds ou la mise en place d’une alternative, l’armée ukrainienne se retrouverait sous-financée. Victoria Vdovychenko, codirectrice du programme sur l’avenir de l’Ukraine à l’Université de Cambridge, a précisé à Al Jazeera que même en cas de victoire de l’opposition hongroise, l’accès à ces fonds ne serait pas immédiat et pourrait être repoussé au mois de juin.
Sur le plan politique, Angelos Syrigos, député conservateur grec, a souligné auprès d’Al Jazeera que la menace constante de veto de la part de la Hongrie entrave la recherche de solutions mutuellement acceptables au sein du Conseil européen. Katalin Miklossy, professeure à l’Université d’Helsinki, observe de son côté que cette situation a contraint l’Union européenne à abandonner une approche strictement réglementaire au profit de structures plus pragmatiques.
Malgré l’avancée de l’opposition dans les sondages, des obstacles structurels subsistent. Le parti Fidesz, au pouvoir depuis 16 ans, a procédé à un redécoupage des circonscriptions électorales pour consolider sa majorité parlementaire. SM Amadae, professeure adjointe à l’Université de Cambridge, rappelle l’influence profonde du parti sur les institutions étatiques et les réseaux économiques internes, rendant l’issue du examen incertain.


