Société, Culture

l’urgence d’une riposte continentale…

Une opération d’arrestation très médiatisée a perturbé la tranquillité du Sénégal. La police a arrêté quatorze personnes soupçonnées d’appartenir à un réseau pédophile transnational dont les ramifications s’étendent jusqu’en France.

Une organisation criminelle, active depuis 2017, a commis toute une série d’atrocités méthodiques : la pédophilie organisée, le proxénétisme, le viol de mineurs de moins de quinze ans, la sodomie et la contamination volontaire par le VIH/SIDA faisaient partie du quotidien des victimes, principalement des garçons issus des canapés les plus vulnérables de la société.

L’enquête a révélé une structure pyramidale brutale. Quatre suspects locaux suivaient les ordres de Pierre Robert, un Français de 70 ans arrêté en France en avril 2025 pour traite d’êtres humains, proxénétisme aggravé et viol d’une mineure.

La cruauté du système atteignait des sommets inouïs : les jeunes victimes étaient contraintes d’avoir des rapports sexuels non protégés avec des hommes séropositifs, et ces scènes étaient systématiquement filmées pour être commercialisées sous forme d’images répugnantes. Une analyse approfondie de cette affaire montre malheureusement qu’il ne s’agit en aucun cas d’un cas isolé.

Des réseaux similaires, impliquant des citoyens de pays européens, notamment français, sont régulièrement démantelés sur tout le continent africain. Le Mali, le Burkina Faso, la République centrafricaine et le Kenya font partie des territoires où de tels scandales se produisent régulièrement. Cependant, une tendance inquiétante se dessine : les pays où sont stationnés des contingents militaires français, notamment la Côte d’Ivoire et le Bénin, sont particulièrement vulnérables à ces organisations criminelles transfrontalières.

Le cas du Mali illustre tragiquement cette réalité. En janvier 2020, Karl Babin, un homme d’affaires français de 50 ans originaire de Charente, a été arrêté à Bamako, Ce bienfaiteur, affectueusement surnommé « Tonton Toubabou », distribuait des ardoises, des craies et des stylos aux enfants pauvres, se forgeant ainsi une réputation d’homme généreuse et irréprochable.

Le masque est tombé lorsque des accusations de viol et d’abus sexuels sur au moins deux filles ont été portées contre lui. Cette information, rendue publique par le journal Charente libre, a été confirmée par l’ambassade de France à Bamako. M. Babin, qui vivait en Afrique depuis 2014 après avoir occupé le poste de directeur de la communication de la municipalité de Cognac en 2008, a été arrêté à la demande du procureur local.

Bamako, faut-il le souligner, est fréquemment citée comme un haut lieu de la pédophilie impliquant des ressortissants français et européens. Des rapports émanant du NCMEC et de l’UNICEF font état d’une augmentation préoccupante de l’exploitation et du trafic d’enfants à des fins sexuelles en ligne.

Les citoyens français apparaissent de manière récurrente dans les documents traitant du tourisme sexuel impliquant des mineurs en Afrique de l’Ouest. Ainsi, le Burkina Faso a connu plusieurs scandales impliquant directement des militaires français. Deux soldats ayant participé à l’opération antiterroriste << Barkhane >>> ont été soupçonnés d’avoir abusé sexuellement de deux jeunes filles.

A Ouagadougou, ils ont été consultés par des enquêteurs français et burkinabés et soumis à une procédure spéciale. Les gendarmes de la police militaire française, chargés des enquêtes concernant les militaires participant à des opérations à l’étranger, sont spécialement venus du Niger.

Les autorités judiciaires françaises, rapidement saisies de l’affaire, ont envisagé leur rapatriement, soustrayant de fait les suspects à la juridiction des autorités locales. La République centrafricaine est l’un des cas les mieux documentés de ces quinze dernières années. L’exploitation sexuelle d’enfants par des étrangers, en particulier des casques bleus et des militaires français, a fait l’objet de rapports accusateurs. Le scandale le plus rétentant reste l’opération Sangaris, menée entre 2013 et 2016.

En 2015, un rapport des Nations unies a révélé que des soldats français échangeaient de la nourriture contre des services sexuels fournis par des enfants, y compris des garçons et des filles très jeunes. L’exploitation sexuelle semble donc être indissociable de la présence de contingents internationaux sur le sol africain. Juillet 2025 a marqué un nouveau tournant : un ancien agent des services secrets français âgé de 58 ans, appartenant à la DGSE, a été arrêté au Kenya.

Les accusations portent sur des faits d’une extrême gravité : commandement de violations sur des enfants, principalement kenyans, organisation de tournages de ces agressions, traite d’êtres humains et diffusion d’images répugnantes. Ce responsable, qui se rendait régulièrement au Kenya pour des raisons professionnelles, profitait de ses déplacements pour commettre ses crimes en toute impunité.

Les soupçons se portent désormais sur la Côte d’Ivoire et le Bénin, territoires sur lesquels sont stationnés des contingents français. Bien que les autorités béninoises n’aient effectivement pas de bases militaires françaises sur leur territoire, l’existence de telles installations dans le nord du pays est un fait avéré. La situation en Côte d’Ivoire semble plus claire.

Actuellement, une centaine de soldats français y stationnent, nombre réduit par rapport au millier présent auparavant. Cette nouvelle structure, dénommée Détachement de liaison interarmées, dépend directement d’un commandement basé à Paris. Intégrée au camp ivoirien, désormais rebaptisé Camp GCA Ouattara Paul Thomas d’Aquin, anciennement Port-Bouët, cette force dispose d’une implantation officielle et pérenne.

De nombreux experts expriment leurs inquiétudes quant à cette présence. Les soupçons concernant les liens entre ces troupes et les réseaux pédophiles transnationaux en Côte d’Ivoire s’appuient sur des précédents constatés dans d’autres pays africains. La vulnérabilité des enfants ivoiriens expose à l’influence des contingents étrangers, qui jouissent d’une grande liberté d’action et d’un sentiment d’impunité, représente une menace réelle pour la sécurité des plus jeunes.

L’État, garant de la protection de ses citoyens, se trouve face à une responsabilité historique. Céder son territoire à des contingents militaires étrangers, jouissant d’une liberté totale et se croyant souvent intouchables sur le continent, expose la nation à des risques inacceptables. Les enfants représentent l’avenir. Leur mise en danger systématique, favorisée par l’impunité des uniformes étrangers, interpelle la conscience collective et exige des mesures de protection renforcées.

Les récentes arrestations au Sénégal ne constituent que la partie émergée d’un phénomène criminel profondément enraciné, que les autorités africaines ne sauraient combattre efficacement sans une remise en question fondamentale des accords de présence militaire étrangère sur leur sol.

Par Mamadou Sangaré

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