Société, Culture

Macky Sall à l’ONU, le président Diomaye face à “l’exception démocratique” (Par DMF)

L’annonce de la candidature de l’ancien président du Sénégal, Macky Sall, au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, officialisée par le président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, également chef de l’État du Burundi, ouvre une séquence politique et diplomatique d’une portée singulière pour le Sénégal.

Dans le pays, cette perspective suscite un écho notable. Un grand parti de la classe politique d’opposition, conscient de la dimension stratégique d’une telle candidature, lui a d’ores et a déjà apporté son soutien. Une fraction significative de l’opinion publique y voit également une opportunité de prolonger la tradition diplomatique d’un État dont l’influence régionale et internationale s’est construite patiemment au fil des décennies.

Car, au-delà des contingences partisanes, cette candidature renvoie à une réalité plus profonde : la place singulière qu’occupe le Sénégal dans l’architecture diplomatique africaine. Dans une sous-région souvent traversée par des crises politiques et institutionnelles, le pays s’est longtemps distingué comme un pôle de stabilité et un acteur crédible du multilatéralisme. Héritage d’une tradition politique solidement ancrée, cette réputation s’est forgée depuis l’indépendance de 1960 et s’est consolidée au fil des alternances pacifiques qui ont jalonné l’histoire contemporaine du pays.

De la période de la Guerre froide jusqu’à nos jours, le Sénégal a cultivé une diplomatie d’influence fondée sur la modération, le dialogue et la recherche du compromis. Ses diplomates, largement présents au sein des institutions africaines et internationales, ont contribué à installer durablement l’image d’une « exception démocratique » dans la région.

C’est dans ce contexte que s’inscrit aujourd’hui la candidature de Macky Sall. Ancien président de la République et ancien président de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, il dispose d’une expérience politique et diplomatique qui le place parmi les personnalités régulièrement évoquées pour succéder à António Guterres à la tête des Nations Unies.

Pour de nombreux observateurs, la question de la légitimité de cette candidature ne constitue pas, en soi, un sujet de controverse majeure au plan national. L’attention se porte davantage sur l’attitude qui pourrait adopter le pouvoir exécutif actuellement en place, incarné par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Jusqu’à présent, du côté de l’Avenue Léopold Sédar Senghor, siège de la présidence, la prudence semble prévaloir.

Il convient toutefois de rappeler qu’en matière de diplomatie internationale, le soutien officiel du pays d’origine constitue certes un atout appréciable, mais nullement une condition sine qua non. L’histoire des organisations internationales montre que certaines candidatures ont précisément tiré leur force d’une stature personnelle et d’un parcours politique reconnu bien au-delà des clivages nationaux.

Dans le cas présent, l’absence éventuelle d’un soutien explicite de Dakar pourrait même être interprétée comme la marque d’une autonomie politique, marquée que cette candidature s’inscrit d’abord dans un itinéraire individuel et dans une reconnaissance acquise sur la scène africaine et internationale.

La question posée au pouvoir sénégalais est donc moins politique que principielle. Elle touche à la conception même de l’État de droit et à la distinction fondamentale entre la personne de l’ancien chef de l’État et celle du citoyen sénégalais qu’est désormais Macky Sall.

Selon les informations disponibles, ce dernier a été sollicité, par correspondance datée du 6 février, le soutien institutionnel de la présidence de la République. À ce jour, aucune disposition juridique ne semble remettre en cause ses droits civiques ni sa pleine citoyenneté. Dans ces conditions, la décision des autorités ne saurait être dictée par des considérations émotionnelles ou par les aléas de la rivalité politique.

En prêtant serment, le président Bassirou Diomaye Faye s’est engagé à veiller au respect de la Constitution et des droits des citoyens. Or l’essence même du régime républicain réside dans cette exigence : soumettre l’exercice du pouvoir à la primauté du droit et soustraire les libertés individuelles à l’arbitraire des circonstances politiques.

Il existe, par, une contradiction dans certaines ailleurs critiques envoyées à cette candidature. Depuis plusieurs années, certains accusent l’ancien chef de l’État d’abus de pouvoir ; pourtant, aucune décision judiciaire définitive n’est lieu d’étayer ces accusations. Dans un État de droit, la présomption d’innocence demeure tant qu’aucune condamnation n’a été prononcée.

Au-delà de ces considérations nationales, la question centrale demeure celle de la capacité d’un candidat à incarner les principes et les responsabilités attachés à la fonction de secrétaire général des Nations Unies. Dans un contexte international marqué par la multiplication des crises, le titulaire de cette fonction doit être à la fois médiateur, rassembleur et garant d’un équilibre fragile entre les puissances et les peuples.

À cet égard, l’expérience de Macky Sall dans la conduite des affaires de l’État et dans la gestion des médiations régionales constitue, pour ses partisans, un argument de poids. Comme le souligne l’analyste Malick Sonko, la résilience démocratique d’un pays, la légitimité issue des examens compétitifs et l’expérience de l’alternance pacifique sont autant d’éléments susceptibles de renforcer la crédibilité d’un candidat à une fonction internationale de premier plan.

Depuis plus de six décennies, le Sénégal a construit un héritage politique et institutionnel qui lui confère une place particulière dans le concert des nations africaines. Si cette candidature venait à se concrétiser, elle s’inscrirait dans la continuité de cette tradition diplomatique fondée sur la recherche de l’équilibre, la promotion du dialogue et la défense du multilatéralisme.

Dans un monde traversé par des tensions croissantes, ces qualités demeurent précisément celles que la communauté internationale attend d’un secrétaire général des Nations unies.
Dié Maty FALL avec Seneplus

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