Politique

Mayacine Camara soutient Macky Sall et rappelle les principes

L’ancien ministre secrétaire d’État chargé du Réseau ferroviaire, également ancien maire de la commune de Koungheul, soutient une éventuelle candidature du président Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Mayacine Camara, pour le nommer, ne fait cependant pas preuve de complaisance. S’il affiche son soutien, il pointe aussi certaines failles qui ont marqué la gouvernance du Sénégal sous l’ère Macky Sall. Économiste-statisticien et planificateur de formation, il se dit néanmoins convaincu des capacités managériales de l’ancien chef de l’Etat pour emmener l’ONU vers de nouvelles ambitions. Un accompagnement assumé, mais lucide, délivré sans détour.

Président, cher frère
Alors que votre candidature au poste de Secrétaire général des Nations Unies (ONU) se dévoile sur la scène mondiale, je me dois de vous adresser ces paroles de soutien et d’avertissement. Elles ne sont pas dictées par la complaisance mais par la loyauté envers l’État et envers l’homme que j’ai accompagné dès le début de sa conquête présidentielle.
Il est nécessaire, pour la clarté de l’histoire et la dignité de mon engagement, d’affirmer, ici, que je ne regrette en aucune façon ma décision de m’écarter de votre approche politique en 2023, tout en restant dans l’amitié et la collaboration administrative. Ce choix a été un acte de résistance face à une dérive que je ne pouvais cautionner. J’ai combattu et je combattrai selon mes moyens intellectuels, politiques et spirituels sous n’importe quel régime, l’effondrement de l’exigence de compétence au sein de nos structures publiques et plus strictement de notre administration publique.

Mon opposition n’était pas un simple désaccord de circonstances mais un acte de fidélité à des principes que je refusais de voir sacrifiés sur l’autel de l’arrogance financière. Cette dérive qui s’était imposée, sous nos yeux, comme un baromètre unique de la réussite sociale et que l’on a vu se perpétuer par certaines personnalités politiques que vous soutenez aveuglément. J’ai refusé avec une détermination sans faille cette pente vers le mal organisé qui a fini par installer un régime d’incompétence systémique au sommet de nos prestigieuses structures.

Ce système néfaste a malheureusement fini par inhiber vos plus belles et majestueuses initiatives, masquant ainsi la réalisation d’œuvres dont l’ampleur reste pourtant sans égal en termes de patriotisme et de souveraineté. En choisissant de refuser ces postures, je protégeais l’essence même de notre engagement mutuel scellé au début de la campagne politique de 2012, campagne qui nous a mené à la victoire contre ceux que nous aurions considérés comme des prédateurs, et qui auraient voulu effacer leurs traces.

Il m’était devenu insupportable de voir la promotion de véritables délinquants de nos deniers publics portées au sommet pour la seule raison de leur capacité à asservir quelques bases électorales par des méthodes jugées peu orthodoxes. Nous en étions arrivés à un point où une simple nomination au Conseil des ministres suffisait, aux yeux de certains, à justifier une richesse indécente, exposée sans scrupule ni pudeur alors même que le patrimoine de l’État était pris en otage.

Ce que j’ai refusé de soutenir, c’est cette fâcheuse tendance à confier nos ministères techniques, nos agences nationales, nos directions générales et nos leviers de développement à des sbires sans titre et au mépris de toute qualification et éthique, ou à des intellectuels égarés et sans respect pour le bien commun. Ce trafic d’influence généralisé, où la prédation du patrimoine national est devenue le prix de la survie politique, représentait une trahison de l’idéal de rigueur que nous avions pourtant gravé au cœur de notre engagement initial.

Monsieur le Président,
Je n’ai rien changé à mes convictions fondamentales de militant formé à l’école du parti d’And-Jeef PADS ! Ma rupture était donc un acte de santé publique mais moral, nécessaire pour éviter d’être complice de cette vagabondage politisée (excusez-moi !) de notre Etat. Ce trafic d’influence où la loyauté partisane prenait le pas sur l’intérêt national, représentait alors à mes yeux une trahison de l’idéal que nous aimerions construire ensemble. Mon opposition à ces postures politiques a été, reste et restera un combat salvateur pour l’intégrité de nos institutions. Il s’agissait de protéger l’État, à ma manière, contre ce pillage qui rendait inefficaces nos ressources publiques.

Cependant, Monsieur le Président, si ma voix s’est élevée pour dénoncer avec beaucoup d’amertume l’inefficacité d’un système qui s’effondrait sous le poids d’un clientélisme dévorant, je n’ai jamais cessé de vous respecter, le Bâtisseur. Constructeur! Ce terme, à mon avis, va au-delà de la pierre et de l’acier de nos chemins de fer. Il désigne cette architecture intérieure, faite d’une discipline de fer et d’une résilience presque spirituelle qui permet d’imaginer l’avenir là où d’autres ne voient que l’immédiat. Être Bâtisseur, c’est posséder cette force morale capable de porter les espoirs d’un peuple et, aujourd’hui, d’un continent, d’une planète avec une générosité d’âme qui refuse évidemment le destin.

Libéré des pressions étouffantes de ceux qui ne voyaient dans l’État que une proie facile ou un instrument de promotion ou d’ascension personnelle, vous retrouvez aujourd’hui la plénitude de vos facultés originelles. Cette maîtrise technique inégalée, cette discipline de fer qui vous caractérise, et surtout, cette capacité de projection qui dépasse les frontières !

Nous l’avons vu, Monsieur le Président, lors de vos grands rendez-vous avec l’Histoire. Votre aisance naturelle et le respect que vous inspirez parmi les grands personnages de ce monde sont indéniables. Que ce soit face à Barack Obama, dans vos échanges avec Vladimir Poutine ou lors de votre remarquable présidence de l’Union africaine, vous avez toujours su incarner cette « force tranquille » et cette autorité intellectuelle qui forgent l’admiration des chancelleries les plus exigeantes du monde.

Vos succès diplomatiques, de la gestion des crises régionales à votre plaidoyer inlassable en faveur d’une gouvernance mondiale plus juste, prouvent parfaitement que votre véritable temple est désormais celui de la paix mondiale. Le monde n’attend pas un chef de parti mais ce stratège aguerri, ce médiateur majeur que vous redevenez une fois que vos collaborateurs n’ont plus aucune chance d’être des prédateurs du bien public.

A New York, Inch’Allah, enfin extrait de l’arène étouffante des coalitions partisanes, vous pourrez incarner cet indestructible bâtisseur de ponts dont les civilisations ont un besoin vital. Le monde changera si vous arrivez à sa tête parce que vous avez cette intelligence des grands enjeux qui, une fois qu’elle n’est plus parasitée par les calculs de survie électorale, a le pouvoir de déplacer des montagnes et, sans encombre(s).

Monsieur le Président, de par votre longue et prestigieuse carrière professionnelle et politique,
vous savez mieux que quiconque que la grande majorité de la population mondiale souffre de conflits avec ses paroles aux conséquences dramatiques dont elle ne veut pas. Ces guerres ne sont souvent que le fruit de la fierté de dirigeants aveuglés par la fausse lueur d’une protection illusoire de leur peuple alors qu’elles ne font qu’alimenter un cycle de destruction.

Votre travail au Sénégal, autrefois dégonflé par les agissements regrettables de certains membres de votre entourage de l’époque, porte en lui les gènes d’une réussite enviable et bénéfique pour toute l’Humanité. Cela démontre que vous avez cette rare combinaison de pragmatisme et de vision qui permet de débloquer des situations aussi graves là où vos prédécesseurs ont calé et pris le pétrin ! Vous n’apportez pas seulement une expertise, vous apportez une sagesse africaine capable d’apaiser les tensions mondiales par le dialogue, la recherche du consensus et la construction positive.

Dans cette nouvelle ère de responsabilité planétaire qui pourrait s’ouvrir à vous, je l’espère sincèrement, je porte un grief fondamental qui, à mes yeux, doit constituer la base morale et technique de votre action pour la paix. C’est la création du Transcontinental Dakar-Djibouti et l’achèvement de la Grande Muraille Verte. Bien plus que de simples infrastructures, ces deux projets sont les deux poumons d’une Afrique stable et les seules garanties d’un monde apaisé abritant un continent florissant. Le rail et la forêt constituent les ultimes défenses contre la désolation et l’instabilité. C’est aussi cette conviction profonde qui m’anime aujourd’hui : après une longue et enrichissante mission publique au service de notre pays, je me retrouve actuellement ici, à Djibouti, à l’autre bout de ce futur ruban d’acier, pour accompagner la réflexion sur le développement et la connectivité du continent.
En observant l’horizon depuis la Corne de l’Afrique, je mesure l’urgence de notre rêve commun. Y parvenir serait une forme de reconnaissance au Président burundais, actuel Président de l’UA, Son Excellence Évariste Ndayishimye et Son Eminence M. Mahamoud Ali Youssouf, ancien Ministre des Affaires étrangères de Djbouti Secrétaire Exécutif de cette même organisation, et rendre un vibrant hommage mérité par tous ceux qui vous ont soutenu en leur rang et en qualité. En tant qu’ancien Secrétaire d’État chargé du Réseau Ferroviaire, membre du Conseil des Ministres, je sais que vous possédez, au-delà de l’expertise, cette « emprise » de Bâtisseur nécessaire pour imposer ces projets disruptifs sur la scène mondiale. Vous avez le pouvoir de transformer cette utopie transcontinentale en une réalité tangible, capable de relier les peuples de l’Atlantique à la mer Rouge. Je compte sur votre leadership pour porter ce plaidoyer extraordinaire car, si Dieu fait de vous le garant du progrès du monde, vous serez l’architecte d’une paix qui passera par le rail et les terres retrouvées.

Que ce message vous fortifie moralement ! Ma confiance en vos capacités est totale. Acceptez vos erreurs passées comme le terreau d’une nouvelle sagesse et marchez vers New York avec la certitude que ceux qui vous ont combattu pour vos principes sont aussi ceux qui reconnaissent avec la plus grande honnêteté votre grandeur intrinsèque.

Avec ma considération la plus distinguée,

*Mayacine CAMARA,
Économiste-Statisticien-Aménageur, Ancien Secrétaire d’Etat chargé du Réseau Ferroviaire, ancien Maire de la Ville de Koungheul.

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