Société, Culture

Pas de dette cachée, assure Cheikh Diba

Face aux révélations du Financial Times sur le recours du Sénégal aux Total Return Swaps, le ministre des Finances Cheikh Diba a livré une contre-offensive technique et politique ce jeudi 26 mars 2026. Réfutant toute opacité, il affirme que ces instruments ont permis d’économiser 36 milliards FCFA et dénonce une “polémique politique” autour d’opérations légales et transparentes.

Le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a consacré l’essentiel de sa déclaration de presse de ce jeudi à désamorcer la controverse née de la publication du Financial Times sur les opérations de Total Return Swaps (TRS) contractées par le Sénégal. Dans un exposé technique d’une vingtaine de minutes, il a défendu point par point le recours à ces instruments financiers, qualifiés par certains observateurs de “dette cachée”.

“Il est important de rappeler que le recours à ces opérations de TRS reflète la volonté de la République du Sénégal de contribuer à l’approfondissement du marché régional à travers la participation d’investisseurs internationaux étrangers dans ces émissions”, a déclaré le ministre, avant d’ajouter que ces opérations ont servi à financer les besoins de l’État dans un contexte où “tout paiement au titre du service de la dette revient par définition à éviter un défaut de paiement potentiel”.

L’argument masse du ministre repose sur l’avantage financier procuré par ces instruments. Selon Cheikh Diba, “si le Sénégal avait choisi de se financer sur le marché des euro-obligations, il aurait payé un taux entre 11 et 12% en moyenne sur l’année 2025 contre un taux de 7% avec cet instrument”. Ce différentiel de 5 points de pourcentage aurait permis à l’État de réaliser une économie de 36 milliards FCFA.

Le ministre a insisté sur le fait qu’il n’y a « aucune condition contraignante » et « pas de passif caché » dans ces opérations. “Aucun bien de l’État, je dis bien aucun bien de l’État du Sénégal n’a été donné en gage dans le cadre de la mobilisation de ces financements”, at-il martelé, réfutant l’hypothèse d’un transfert de propriété légale des titres ou d’un traitement préférentiel accordé aux crédits.

Le Financial Times n’est “pas infaillible”

Dans un passage remarqué, Cheikh Diba a directement contesté l’autorité du Financial Times. “Le Financial Time est un journal de référence mais qui n’est pas infaillible”, a-t-il affirmé, rappelant que “le simple argument d’autorité consistant à dire que c’est le Financial Times, donc c’est forcément exact, n’est pas un argument scientifiquement acceptable”. Le ministre a cité des exemples de corrections publiés par le média britannique, notamment “l’erreur reconnue de 2015 sur la banque centrale européenne”.

Il a ensuite énoncé un « déplacement discursif » opéré par les débats politiques, « transformant une analyse financière prudente en accusation de dette cachée ». “La discussion rigoureuse doit donc porter non sur l’aura du média mais sur la robustesse empirique des faits, la nature de l’opération financière et les mécanismes budgétaires réels”, at-il plaidé, opposant “analyse savante” et “polémique politique”.

Sur le plan de la communication institutionnelle, le ministre a récusé toute dissimulation. “À l’occasion de mon passage à l’Assemblée nationale, le 29 novembre 2025, j’ai évoqué l’instrument et expliqué à l’endroit du parlement et par conséquent de la population les instruments et le contexte de leur utilisation”, a rappelé Cheikh Diba. Il a également précisé que le recours au TRS figure dans le rapport économique et financier annexé à la loi de finances 2026 et que « les informations relatives au TRS ont par ailleurs été communiquées au FMI dans le cadre de nos échanges réguliers réalisés pendant l’année 2025 ».

Le ministre a par ailleurs contextualisé le recours à ces instruments : “Le Sénégal fait recours à différents types de swap depuis de nombreuses années, notamment en 2011, 2015 et en 2018 permettant par exemple à l’État de se protéger contre les risques de fluctuation de devises”. Selon lui, “la possibilité de recours en cas de besoins aux produits dérivés a été bien prévue dans la loi de finance afin de se doter des moyens de se couvrir face à ces risques”.

Un contexte économique favorable malgré la polémique

Au-delà de la controverse sur les TRS, Cheikh Diba a dressé un tableau économique positif du Sénégal. Il a rappelé le taux de croissance de 7,8% enregistré en 2025, l’entrée du pays parmi les exportateurs nets de produits énergétiques, et une inflation maîtrisée à 0,8% en glissement annuel à fin février. “Nos exportations totales ont augmenté de 52% par rapport à l’année 2024 grâce à la production de pétrole et de gaz”, a-t-il souligné, tandis que les importations n’ont progressé que de 2%.

Le ministre a également annoncé la signature récente d’un nouveau programme de financement avec la Banque mondiale pour 135 millions de dollars, incluant 35 millions de dollars de dons. Le gouvernement poursuit par ailleurs son objectif de réduction du déficit budgétaire, qui devrait passer de 13,4% en 2024 à 3% en 2027.

Enfin, Cheikh Diba a lancé un appel à la mobilisation collective. “Ne laissons personne, je dis bien personne, remettre en cause le succès que nous avons ensemble réalisé et qui nous a permis d’honorer tous nos engagements jusqu’ici et particulièrement les eurobonds que nous avons payés le 13 mars dernier”, at-il déclaré, évoquant implicitement ceux “qui attendaient le défaut” du Sénégal.

Le ministre a demandé aux Sénégalais de “prendre le temps de discuter sans passion” des sujets financiers complexes, comparer le ministère des Finances à “une équipe nationale qui doit conquérir des titres” et appelant à lui apporter “tout le soutien pour que ensemble nous puissions atteindre les objectifs que nous nous fixons”.

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