Société, Culture

Pourquoi les femmes souffrent plus longtemps de la douleur que les hommes

(SénéPlus) – C’est une inégalité biologique longtemps restée incomprise par le corps médical. La science le confirme désormais formellement : face à une blessure ou un traumatisme, les femmes mettent significativement plus de temps à se remettre de la douleur que les hommes. Selon une enquête approfondie publiée par la journaliste Aylin Woodward dans le Journal de Wall Streetcette différence fondamentale serait en grande partie liée aux niveaux de testostérone présents dans l’organisme.

Les chercheurs ont récemment percé ce mystère biologique grâce à une étude parue dans la revue Immunologie scientifique. Lorsqu’une blessure survient, le système immunitaire déploie des globules blancs pour apaiser l’inflammation et calmer les neurones sensibles à la douleur. L’étude démontre que chez les hommes, ces cellules produisent beaucoup plus facilement une molécule anti-douleur spécifique appelée interleukine-10. Et le moteur principal de cette production s’accumulerait justement la testostérone.

Geoffroy Laumet, neuro-immunologiste à l’Université d’État du Michigan et co-auteur de l’étude, tient à mettre fin aux stéréotypes tenaces qui minimisent la souffrance féminine. « Ce n’est pas parce que les femmes sont trop émotives ou trop douillettes, et la douleur n’est pas juste dans leur tête », affirme-t-il fermement dans les chroniques du quotidien américain.

Pour étayer leurs conclusions, les scientifiques ont analysé les dossiers de 172 femmes et 73 hommes admis aux urgences américaines entre 2017 et 2021 pour des traumatismes physiques. Les patients ont évalué leur douleur immédiatement après l’accident, puis à huit et douze semaines. Les résultats sont sans appel : non seulement les hommes ont vu leur douleur disparaître plus rapidement, mais leurs analyses de sang ont révélé des taux d’interleukine-10 nettement supérieurs à ceux des femmes.

Ces observations cliniques ont été confirmées en laboratoire sur des souris. L’équipe de recherche a notamment retiré les ovaires de souris femelles pour leur implanter une hormone dérivée de la testostérone. Résultat, « ces souris présentaient des niveaux plus élevés d’interleukine-10 et se remettaient plus rapidement de la douleur que les souris femelles n’ayant pas subi la procédure », rapporte le Journal de Wall Street.

Ces découvertes ouvrent d’immenses perspectives médicales, particulièrement aux États-Unis où environ un quart des adultes souffrent de douleurs chroniques. Pour Ann Gregus, neuroscientifique à Virginia Tech entourée par le journal, la médecine doit désormais se concentrer sur les mécanismes de guérison naturelle. « Si nous avons quelque chose qui peut en quelque sorte couper ce signal de douleur, la molécule interleukine-10, c’est une voie thérapeutique potentielle », explique-t-elle. Selon Geoffroy Laumet, l’une des pistes envisagées pourrait être l’application cutanée de patchs de testostérone minutieusement dosés pour soulager durablement les patients.

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