Société, Culture

Rebaptiser le pont Faidherbe du nom de Sidya Ndatté Yallah Mbodj

Lettre ouverte au président de la République, Bassirou D. Diomaye Faye

Excellence Monsieur le Président de la République du Sénégal,

Le 1er février 2026, j’ai eu le plaisir d’assister à la cérémonie organisée par la Commune de Dakar-Plateau qui rendait les honneurs à « de grandes figures disparues ayant durablement marqué l’histoire du peuple sénégalais » (DakarActu, 5 octobre 2025) que sont Serigne Babacar Mansour Sy, Serigne Mountakha Mbacké, Me Abdoulaye Wade, le Général Jean Alfred Diallo, messieurs Ibra Binta Guéye Mbengue, Momar Ngom, Ousmane Tanor Dieng, l’imam Matar Sylla et mon grand-père, Thierno Seydou Nourou Tall en attribuant leurs noms à des rues, avenues et boulevards de notre capitale nationale, Dakar.

Je me réjouis de cette rebaptisation qui efface les noms des ancêtres des colonisateurs et y met ceux de notre peuple et des personnalités historiques de notre Nation. Vous en avez confirmé la promesse lors d’un de vos conseils de ministres de décembre au mois de passé. Suite à cela, le Premier ministre Ousmane Sonko avait confié cette mission de renomination de nos rues à un Conseil national de la mémoire et de la gestion du patrimoine historique. Ce qui est salutaire. Je vous félicite de cette heureuse initiative. J’adresse également mes vives félicitations au maire de Dakar, monsieur Alioune Ndoaye qui a mis en œuvre votre décision républicaine. C’est là un acte de décolonisation mentale et de souveraineté. Il est à l’honneur de votre gouvernance républicaine et municipale. En plus, monsieur Ndoye a organisé la cérémonie de rebaptisation avec grandeur. Ce qui est plus admirable est qu’elle fut un moment de rétrouvailles sociales, de communion culturelle et spirituelle.

C’est d’autant plus heureux que cette cérémonie de re-nomination de neuf (9) de nos voies de passage avait été précédée par la rebaptisation du grand boulevard Général De Gaulle au nom du Maodo Mamadou Dia. Ce que j’avais grandement apprécié et accordé une entrevue au représentant de la télévision Al Jazzera au Sénégal pour magnifier votre acte de réappropriation de notre histoire (Cf. :

Cependant, il y a quelque chose de regrettable dans cette entreprise de changement des toponymes de notre pays, c’est l’absence des femmes parmi celles qui attribuent les noms de nos rues, avenues et boulevards. Parmi ceux qui ont contribué à bâtir la nation sénégalaise et qui sont des modèles de grandeur, n’y-at-il pas des femmes ?

Il y a longtemps d’ailleurs que je comptais vous écrire pour vous proposer de rebaptiser le pont de Saint-Louis du nom de la Reine du Waalo Ndatté Yalla disparue le 20 février 1860 ; mieux de le compositeur avec celui de son fils Sydia Mbodji qui reprit son flambeau. Ce qui donnerait Pont Sidya Ndatté Yallah Mbodji. Ainsi, notre République voudrait d’une pierre, deux coups : honorer une héroïne de notre Nation et donner à notre Jeunesse le modèle d’un jeune engagé, d’un héros. Il est temps, monsieur le président que le nom de Faidherbe disparaisse de cette voie centrale de la première capitale de notre pays, Saint-Louis. Si on se réfère à plusieurs sources d’historiens dont feu Prof. Iba Nder Thiam, Prof. Gana Fall, ses exactions en Afrique tant au Sud qu’au Nord du Sahara, plus particulièrement en Algérie furent exécrables.

Si donc Faidherbe fut un héros pour la France et son peuple, il fut un bourreau pour les Africains du Sud et du Nord du Sahara.

Pour appuyer ma proposition, je vous envoie ci-joint un extrait de mon ouvrage, (pp. 85-90), “De la Reine de Saba à Michelle Obama : Africaines héroïnes d’hier et d’aujourd’hui : À la lumière de l’œuvre de Cheikh Anta DIOP” portant sur “Vaillance féminine au Royaume du Waalo : des femmes de Talatay Nder à la Reine Djeumbeut Mbodj” suivi de “Ndaté Yallah, Brack du Waalo (1810 – Déc_ 1856).

Dans l’espoir d’une suite favorable, veuillez agréer, monsieur le président de la République du Sénégal, l’expression de ma haute considération.

Cordialement,

Dre Aoua Bocar LY-Tall est Sociologue, Chercheure et Écrivaine, du CoPil de l’Histoire Générale du Sénégal, membre du Collège du CNRA, issue des personnes qualifiées du milieu des Lettres.

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