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Récit d’une fraternité trahie | SènePlus

Vous n’avez même pas honte.

Il est des silences qui en disent plus long que tous les discours. Des silences qui ne traduisent ni la prudence ni la diplomatie, mais un refus d’assumer, d’expliquer, de répondre. C’est ce silence qui, aujourd’hui, le genre de dix-huit partisans sénégalais toujours détenus au Maroc depuis la fin de la Coupe d’entourer l’Afrique des Nations.

Dix-huit jeunes. Dix-huit vies suspendues. Dix-huit familles plongées dans l’angoisse.

Ils étaient venus pour un match. Pour ce moment suspendu où le football rassemble ce que la politique divise parfois. Ils étaient venus avec leurs chants, leurs couleurs, leur ferveur. Ils n’étaient ni des criminels, ni des menaces. Ils étaient les visages d’une Afrique vivante, vibrante, passionnée.

Et pourtant, ils sont aujourd’hui privés de liberté, enfermés dans une opacité que rien ne justifie publiquement.

Leur histoire s’efface dans les marges. Elle circule à voix basse, sans relais officiel, sans explication claire, comme si le silence pouvait suffire à en atténuer la gravité. Comme si l’absence de transparence pouvait tenir lieu de réponse.

Mais le silence, ici, est une faute.

Car il ne protège pas l’image d’un État, il la fragilise. Il ne renforce pas la justice, il installe le doute.

Et ce doute, aujourd’hui, ne ternit pas seulement l’image du Maroc. Il entache également celle du football africain tout entier, censé être un vecteur d’unité, de fierté et de dépassement, et non un espace d’injustice et d’arbitraire.

On nous parle de fraternité africaine. Mais la fraternité n’est pas un slogan. Elle est une épreuve et dans cette épreuve, les faits sont là : des 18 citoyens sénégalais détenus sans clarté, des familles sans réponses, une justice chérifienne politisée.

Le Maroc revendique un rôle de leadership sur le continent. Il en a les moyens, l’ambition, les relais. Mais le leadership ne se proclame pas. Il se mérite et il se mérite d’abord par le respect de l’autre.

Or aujourd’hui, ce respect fait défaut. Le Sénégal n’est pas le vassal du Maroc.

Et la royauté, aussi respectable soit-elle dans son cadre national, s’arrête aux frontières du Maroc.

Elle ne saurait s’exercer sur des citoyens sénégalais, ni justifier un traitement opaque, ni imposer un silence inacceptable.

Ce que nous exigeons est simple : La libération immédiate des dix-huit supporters sénégalais. Rien de plus. Rien de moins.

Car leur détention, au quotidien, ne ternit pas seulement l’image du Maroc : elle abîme l’idée même que nous nous faisons du football africain, déjà fragilisé par des décisions contestées, des opacités répétées et une gouvernance de plus en plus décriée.

Dans ce contexte, certains tentent de se positionner en intermédiaires. Mais il faut être clair : Patrice Motsepe n’a pas vocation à jouer les médiateurs entre le Sénégal et le Maroc. Sa responsabilité est ailleurs parce qu’avec Gianni Infantino, il porte une part évidente dans la dégradation de la crédibilité du football africain. Leur gestion, marquée par des choix contestés et des prises de position perçues comme partiales, notamment en faveur du Maroc, a contribué à fragiliser la confiance dans les institutions sportives africaines.

Dans ces conditions, il ne peut être à la fois juge, acteur et médiateur.

La seule mission qui vaille pour lui aujourd’hui est claire : se rendre au Maroc, s’adresser directement aux autorités, et exiger la libération des dix-huit partisans sénégalais. Rien d’autre.

Car au-delà des responsabilités individuelles, ce qui est en jeu est plus vaste. C’est la crédibilité d’un projet africain. Une Afrique qui parle d’unité ne peut tolérer l’injustice en son sein sans se renier. Une Afrique qui aspire au respect international ne peut accepter que ses propres citoyens soient traités sans transparence, sans garanties, sans dignité. Une Afrique qui invoque la fraternité ne peut la pratiquer à géométrie variable.

Il ne s’agit pas ici d’attiser des tensions. Il s’agit de rappeler un principe indéniable : la dignité n’est pas négociable.

Tant que le silence primera sur la vérité, tant que l’arbitraire première sur le droit, une phrase continue de s’imposer, avec la force de l’évidence et la gravité du refus :

Vous n’avez même pas honte.

Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil sont des anciens députés.

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