Responsabilité incorporelle (Par Mamoune SENE)

L’idée selon laquelle la vente d’ICS à INDORAMA résulte d’une situation de faillite est réductrice, confinant plutôt à un cynisme suspect qu’à une méconnaissance de l’histoire de ce virage révolutionnaire de l’époque.
En effet, et pour rappel, de lourds investissements ont été réalisés (doublement de la capacité de production des usines (acide sulfurique et phosphorique), achat de matériel roulant et ouverture d’une nouvelle mine (Tobéne) assurant au moins 50 années supplémentaires de production de phosphate tout en révolutionnant le transport du minerai à travers un convoyeur curviligne de 13 km transportant du minerai humide, une première révolutionnaire en Afrique. résultent de variations plus défavorables des prix des intrants Ammoniac et Soufre et d’une baisse historique des prix du produit fini Acide phosphorique. Ces variations passagères des périodes de soudure, qui ont touché l’ensemble de la profession dans tous les pays producteurs de phosphate du monde, ont été suivies par les jours prospères et prévisibles qui ont fait les bons jours de nos partenaires en Tunisie et au Maroc, au Sénégal, les ingérences politiques (encore de Géraume GAUDARD, définitivement,,,) ont provoqué le blocage des comptes de l’entreprise pendant plus de six mois. mois, exacerbant un problème aigu de liquidité, mais pas de solvabilité.
Toutes les projections de l’époque démontraient que les ICS étaient capables de régler leurs dettes et projetaient des bénéfices nets annuels de plus de 50 milliards d’ici 2009.
Certains libéraux avaient évidemment un autre agenda plus sombre qui marquera à jamais les pages sombres de l’histoire de notre industrie, résumée dans : 1- bradage d’actifs 45 milliards en théorie (en réalité bien moins que celui prenant en compte les abandons de dettes), 2- valeur de bradage de la roche phosphatée utilisée, 3- mort lente et préméditée de l’activité de fabrication d’engrais culminant avec la ruine des machines PA et une panne probable faute d’entretien et d’investissements consentis. Livraisons d’engrais complexes pour la prochaine campagne agricole 2026, 4-assassinat de la filiale SENCHIM, l’outil de développement agricole qui a su utiliser en bon patriote les avantages fiscaux alloués par le gouvernement du Sénégal pour offrir aux producteurs (sans subvention de l’Etat) toute la gamme d’engrais à des prix abordables en qualité et en quantité. Avec SENCHIM, nous avons compris très tôt que le facteur impactant positivement le plus important sur l’utilisation des engrais au Sénégal était la disponibilité très tôt dans la saison, sa proximité, pour cela un réseau dense de magasins de distribution NIAYES, niches d’emploi fertiles pour les jeunes, a été construit dans l’idée de trouver au moins un distributeur d’engrais tous les 25 km sur tout le territoire. C’est grâce à cette approche que le gouvernement sénégalais de l’époque n’a jamais eu à se soucier du financement de programmes de subvention des engrais, programmes lourds, coûteux, inefficaces et souvent inutiles.
ICS SENCHIM était le créateur de prix et de parts de marché en Afrique de l’Ouest ;
La politique manufacturière de fixation des prix et de distribution des engrais a été déterminée au sein de l’ICS où de vrais patriotes ont imposé les intérêts du Sénégal du côté indien et aux concurrents marocains et autres multinationales, tant sur le marché sénégalais que sur les marchés de la Sous-région. C’est avec la mise sur pause des activités de SENCHIM que le gouvernement du Sénégal a été obligé de mobiliser pas moins de 130 milliards/an pour soutenir les prix des engrais qui ont en moyenne été multipliés par trois depuis la vente.
Pourquoi alors ces 130 milliards n’ont-ils pas été injectés une seule fois pour sauver les installations industrielles si nécessaire ?
Pourquoi les actionnaires salariés, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Cameroun, le Japonais Nisho Hwai et tant d’autres petits actionnaires ont-ils été volés ?
La réponse est évidente pour certains initiés !
Il faudra sans doute inclure au passif de ce transfert la persistance de ces avantages fiscaux, pour une contrepartie qui n’est plus visible :
prix abordable des engrais.
La filiale SENCHIM a mandaté plusieurs instituts de recherche agronomique, ISRA du Sénégal, IER du Mali, INERA du Burkina, CNRA de Côte d’Ivoire, etc., pour les études qui ont abouti à l’élaboration de formules d’engrais pour les cultures d’arachide, de céréales, de riz, de banane, d’hévéa, de palmier à huile, de coton, équilibrées et adaptées à notre environnement, ces formules sont la principale composante des performances obtenues sur les rendements de la campagne agricole 2025-2026.
L’ISRA, avec le financement de l’ICS, a lancé des études autorisant l’utilisation du phosphate comme complément alimentaire pour le bétail. IC S a été le précurseur de la première véritable expérience de RSE influençant l’intégration de cette pratique dans toutes les nouvelles conventions minières en Afrique.
Cette expérience a été présentée en 2003 à l’Assemblée générale des Nations Unies.
SENCHIM a également été leader dans la commercialisation des engrais dans la sous-région, du Mali, du Bénin, du Burkina Faso, de la Guinée, du Cameroun et du Tchad, ce n’est qu’avec la mise sur pause de ses activités que les Russes, Lituaniens et autres Marocains pourront prospérer temporairement en attendant son retour.
SENCHIM a également pu créer la première industrie de produits phytosanitaires en Afrique de l’Ouest, en plus de sa position de leader sur les marchés du coton du Sénégal au Cameroun et au Tchad, également leader sur le café-cacao en Côte d’Ivoire. Cette activité industrielle de pesticides a permis au Sénégal et à tous les pays de la sous-région touchés par les grillons de faire face aux différentes infestations acridiennes que nous avons connues. Avec la disparition de SENCHIM, le Sénégal est dangereusement exposé, et démuni alors que de réelles menaces attendent nos pays, en sommes-nous seulement conscients ?
SENCHIM aura laissé une marque indélébile dans le paysage des variétés de semences avec l’introduction au Sénégal, entre autres, de la variété d’oignon Violet de Galmi et du Sorghum Aralba.
SENCHIM c’est aussi de fructueuses activités de Recherche et développement qui ont permis de capitaliser un portefeuille de plus de 100 produits pesticides agréés par le Comité Sahélien des Pesticides à Bamako, la vulgarisation de la phosphatation basique des sols déficients, la dépollution de l’environnement des rejets de phosphogypse à Darou en l’appliquant en vue de la valorisation des terres salinisées ou en le transformant en plâtre pour la construction.
Parmi les responsabilités de la vente d’ICS à INDORAMA, il y a surtout la négligence coupable d’avoir laissé tomber l’atelier d’engrais et de compromettre la disponibilité d’ENGRAIS au Sénégal pour la campagne 2026. Nous affectons la sécurité alimentaire de 18 millions de Sénégalais, et cela ne peut être délégué.
De grandes opportunités ont été manquées pendant la pandémie de COVID et ce sera également le cas avec la guerre du Golfe. Non seulement le Sénégal s’expose au risque de ne pas avoir d’engrais cette année, si oui à quel prix, mais toutes les usines d’engrais de la côte atlantique Est ont fermé leurs carnets de commandes.
INDORAMA ne s’est jamais soucié de protéger les producteurs agricoles sénégalais de la spéculation sur le marché international, et c’est là une grande partie du problème.
Le Premier ministre a dénoncé un manque à gagner de 1075 milliards FCFA (largement sous-estimé d’ailleurs), son combat pour reprendre les actifs de l’ICS est un combat pour la souveraineté industrielle et alimentaire afin que plus jamais un engrais formulé à Mbao avec un acide phosphorique fabriqué à Darou, à partir d’une roche phosphatée extraite sur le même site à Taiba ne puisse plus jamais être significativement affecté par le conflit ukrainien ou le blocage du canal ORMUZ. Récupérer les actifs du SCI, c’est enfin restaurer le rempart contre la spéculation et préserver jalousement notre sécurité alimentaire. Le président TRUMP ne s’est pas trompé en classant à juste titre le phosphate comme ressource stratégique. Cette ressource représente plus de valeur que le gaz, le pétrole, le zircon et le fer réunis.
Nous aurons enfin tous les outils pour y parvenir et asseoir cette composante de notre sécurité alimentaire et de celle des pays de la sous-région.
Pour défendre les Indiens, ils ont déjà trop à faire chez eux pour s’occuper également de nos problèmes nationaux de vision et de développement. Personne ne fera ça à notre place.
Mamoune SENE
Dr ES SCIENCES
Ancien groupe exécutif d’ICS



