Société, Culture

Retrait du trophée de la CAN 2025 au Sénégal : un forfait mal financé (Maître Omar SECK,)

Une CAF en déshérence, par une duplicité inédite, viole toutes les lois sportives pour plaire à des lois politiques obscures. Par décision 1 en date du 17 mars 2026, le jury d’appel 2 de la CAF, statuant sur un recours du Maroc, retire le titre de champion d’Afrique au Sénégal pour l’attribuer à l’appelant sur tapis vert.
La décision visait essentiellement les articles 82 et 84 du règlement de la CAN. Le premier article dispose de la faute qui suppose un refus de jouer ou le fait de quitter le terrain avant la fin du temps réglementaire. Le deuxième texte prévoit la sanction. Il s’agit du forfait qui suppose une défaite technique en défaveur de l’équipe fautive. Il en résulte toujours d’une faute ou un comportement reflétant le déroulement régulier du match jusqu’à son terme. Ce qui veut dire que l’équipe déclarée vaincue par forfait n’est pas allée au bout du match. Ce refus de jouer a été irréversible. Dans le cas concerné, le forfait décidé sous-entend que le match de la finale est inachevé. Il n’est terminé suivant le règlement du jeu ou le temps réglementaire.
 
Au vu des faits, il apparaît clairement que le forfait décidé par le jury d’appel de la CAF demeure mal fondée à tout point de vue. Mais en vérité, la décision de retirer le trophée de la CAN au Sénégal ouvre une question technique subtile et précise qui revient à se demander : le forfait du Sénégal déclaré par le jury d’appel de la CAF pour un refus temporaire de jouer peut-il annihiler le résultat sportif d’un match scellé sur le terrain ?
La question est entrelacée entre la qualification juridique à donner au terme de refus de jouer ou à celui de quitter le terrain et le caractère révocable ou non du résultat sportif. Ces deux extrémités sont en effet autonomes et ne peuvent pas se produire simultanément dans un même match. Le forfait écarte toute possibilité de résultat sportif. Le résultat du terrain à son tour exclut toute idée de forfait. Même s’il est possible de remettre en cause un résultat sportif pour des cas rares de dopage 3 ou de fraudes graves constatées, il est d’une constance jurisprudentielle 4 que la sanction disciplinaire n’annule pas le résultat du terrain. Ce qui n’est
pas le cas d’espèce concerné bien qu’une corruption et une fraude puissent être sérieusement présumées à l’encontre de la CAF et du pays organisateur de la CAN. Aussi, faut-il dire que d’autres considérations relatives aux vices de forme et de procédure peuvent être légitimement soulevées, notamment l’irrégularité de la composition du jury d’appel.
Mais cette réflexion se limite à analyser l’exactitude de la qualification juridique des faits ainsi que l’applicabilité des dispositions convoquées 6 . Autrement dit, la commission d’appel s’est-elle conforme au règlement de la CAN ? À l’examen, la décision, le jury d’appel de la CAF a dénaturé la qualification juridique du retrait temporaire des joueurs sénégalais du terrain. Il a aussi mal appliqué la loi visée. Pour davantage cerner la question, il faut, d’une part examiner le forfait induit par la dénaturation du retrait temporaire et partiel des joueurs sénégalais du terrain (I) et d’autre part, il faut évoquer le forfait induit par la dénaturation du caractère définitif de la vérité du terrain en une
vérité technique, une victoire sur tapis vert (II).
I – Un forfait par dénaturation du retrait temporaire en retrait définitif
Le retrait temporaire du terrain, maladroitement méconnu (1) et le retrait définitif inexistant reconnu (2) par le jury d’appel de la CAF sont successivement examinés.
1/ Un retrait temporaire du match justifié méconnu
Les joueurs de l’équipe nationale du Sénégal ont protesté lors du match de la finale de la CAN par leur sortie du terrain dans un contexte chargé sur lequel il ne sera pas revenu. Leur sortie du terrain fut temporaire. Ce retrait ou refus de continuer à jouer pendant quelques minutes. Ils sont retournés sur le terrain de jeu. Le match reprend normalement. Tels sont les faits que le jury d’appel de la CAF n’a pas de qualificatif de retraite temporaire pour conclure à un forfait des lions du Sénégal.
En tout cas, il y a une erreur manifeste voulue ou non de qualification juridique qui dénature les faits tels qu’ils se sont produits. L’article 82 du règlement de la CAN prévoit un refus de jouer ou le fait de quitter définitivement le terrain avant la fin du temps réglementaire. Ce terme de retrait équivaut à un abandon. L’abandon du match suppose qu’il soit inachevé. Or le match a pu se dérouler jusqu’au coup de sifflet final. L’analyse juridique recevable se voudrait d’envisager le retrait temporaire des joueurs sénégalais du terrain comme une interruption du match ou un incident. L’interruption permet de reprendre le jeu là où il s’était
arrêté. Et la reprise du jeu couvre la période de flottement.
Qu’en est-il du match de la finale ? Ne s’est-il pas repris au pénalty polémique ? Et ne s’est-il pas déroulé jusqu’à la fin du temps réglementaire ?
Le jury d’appel de la CAF a répondu par la négation. Il a ignoré ce retrait temporaire qu’il a qualifié de retrait définitif pour asseoir sa décision d’ôter au Sénégal le trophée de la CAN par forfait.
2/ Un retrait définitif du match injustifié reconnu
La décision de retirer le titre de champion d’Afrique à l’équipe sénégalaise s’adosse sur la qualification injustifiée de refus définitif de jouer le retrait temporaire des joueurs sénégalais du terrain. En effet, une victoire sur tapis vert ne peut avoir lieu que lorsque l’une des équipes, au cours du match a catégoriquement refusé de prolonger le jeu avant la fin du temps réglementaire.
Concrètement, la commission d’appel a considéré les faits qui se sont passés au cours du match de la finale comme un abandon total du jeu. Il est vrai que seul l’abandon définitif qui englobe le refus de jouer ou le fait de quitter le terrain est passible de forfait. Le forfait suppose tout simplement une défaite technique, soit par retard, soit par abandon définitif avant la fin du temps réglementaire. Il sous-entend que le match en question n’a pas abouti. Contre toute logique, le jury d’appel de la CAF, à travers une dénaturation fabuleuse des faits, a jugé que le match est abandonné par l’équipe du Sénégal et que le temps règlementaire de jeu ne
fut pas épuisé.
Suivant le droit du sport, le retrait doit être définitif, intervenir avant la fin du match, et surtout être constaté par l’arbitre à travers un refus clair et non équivoque de reprendre le jeu 8 . En ce qui concerne les faits de l’espèce, ces exigences ne sont pas remplies. Il ne pouvait être conclu à un retrait définitif ouvrant droit à un forfait.
Aussi, convient-il de remarquer que le jury d’appel pour accorder un forfait au Maroc a également dénaturé le caractère définitif du résultat sportif en résultat technique.
II – Un forfait par dénaturation du résultat sportif en résultat technique
Requalifier a posteriori un match terminé et validé par l’arbitre en forfait constitue une anomalie juridique majeure, contraire au principe fondamental de stabilité des résultats sportifs 9 . La décision de la commission d’appel a violé à la fois le règlement de la CAN et les lois du jeu définies par l’IFAB 10 .
Cette violation touche, d’abord, le caractère définitif du résultat sportif (1), ensuite, le principe de la non aggravation des sanctions prononcées par le jury disciplinaire en appel (2).
1/ Le caractère définitif du résultat sportif violé
Nul texte ne permet à l’instance d’appel de revenir sur des faits d…


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