Rien ne justifie les grèves, fustige Ousmane Sonko

(SénéPlus) – Lors de la réunion du comité de pilotage du pacte de stabilité sociale qui s’est tenu sous sa présidence, le Premier ministre a déclaré sans ambages qu’« au regard des efforts de l’État, rien ne justifie les grèves », selon ce reportage de la RTS. Cette sortie musclée intervient dans un contexte de tensions sociales croissantes, alors que plusieurs entreprises brandissent la menace de débrayages pour faire entendre leurs revendications.
La position du chef du gouvernement repose sur un argument comptable : le pacte de stabilité sociale, conclu sur 36 mois, n’en est qu’à son dixième mois d’exécution. « Vous vous engagez sur un pacte de 3 ans, le pacte est en train d’être réalisé. Moins du tiers du temps à courir », a rappelé Sonko aux partenaires sociaux réunis pendant quatre heures de discussions franches. Pour le Premier ministre, réclamer davantage avant même la fin de la première année du pacte relève d’une forme d’impatience déraisonnable, voire d’amnésie collective face aux acquis déjà acquis.
Ousmane Sonko ne s’est pas contenté de défendre son bilan : il a systématiquement établi une comparaison avec les douze années du régime précédent. « Ce qui a été fait sur ces 10 mois-là n’a jamais été fait », at-il martelé devant les syndicalistes. Selon lui, des points qui étaient « en latence ici depuis 10 ans, 15 ans, 20 ans » ont été résolus sous sa gouvernance, alors que les « gouvernements [qui] sont passés » n’y étaient jamais parvenus. L’argument est double : non seulement le nouveau fait mieux, mais il le fait plus vite.
Le Premier ministre a même avancé une prédiction audacieuse : « À ce rythme d’ailleurs d’ici 2 ans, on aura totalement épuisé les points qui sont dans le pacte. » Cette affirmation, qui engage le gouvernement sur un calendrier accéléré, s’accompagne d’un rappel historique cinglant : « Il ya eu zéro grève générale pendant ces 12 ans [du régime précédent]pas à ma subsistance. »
Mais Sonko reconnaît implicitement que les difficultés économiques du pays pèsent sur la capacité du gouvernement à répondre à toutes les demandes. « Vous voulez nier ce contexte et nous dire la dette n’est pas là, le déficit n’est pas là », a-t-il lancé aux partenaires sociaux, en utilisant la métaphore paternelle de l’enfant qui « ne peut pas ignorer le contexte » lorsqu’il réclame quelque chose à ses parents.
Dialogue oui, mais sans concessions sur l’illégalité
Si le ton est ferme sur le principe des grèves, Ousmane Sonko a néanmoins appelé à intensifier le dialogue. Il a donné instruction à tous les ministres « d’être à l’écoute de toutes les revendications, de recevoir les gens, de les écouter », précisant toutefois qu’« écouter ne veut pas dire qu’on satisfait tout ». Cette ouverture conditionnelle s’accompagne de deux lignes rouges clairement tracées.
D’abord, « il ne peut pas y avoir de droits acquis dans l’illégalité » : tout avantage obtenu de manière irrégulière sous les régimes précédents ne saurait être sanctuarisé. Ensuite, « beaucoup de choses ont été faites dans cette période que nous appelons nous la période critique », et le président Diomaye a déjà « rapport[é] des décrets qui ont été signés après l’élection et au détriment de la soutenabilité ou des intérêts du pays ». Cette allusion aux mesures de dernière minute prises par l’ancien pouvoir justifie, selon Sonko, une révision en profondeur de certains engagements.
Sur le dossier sensible de la réforme de la rémunération, le Premier ministre a confirmé que son « discours d’hier reste [son] discours d’aujourd’hui », rappelant qu’il a « animé des conférences pour les syndicats des enseignants » et défendu cette position bien avant d’arriver au pouvoir. Mais il a tempéré les attentes : « Revoir le système de rémunération, ça ne se fait pas en 1 an ou en 6 mois, je suis désolé. » L’engagement d’une « rémunération juste et équitable » est maintenu, mais le calendrier reste indéterminé.
Le gouvernement dispose encore de 26 mois pour achever la mise en œuvre intégrale du pacte de stabilité sociale. Ces rencontres périodiques avec les partenaires sociaux devraient se multiplier, « pour privilégier le dialogue, les bilans d’étape et les corrections nécessaires », selon les termes du reportage.



