Politique

Sécurité urbaine – Accusations contre Sonko : Me Moussa Diop et Cheikh Oumar Diagne sommés de prouver leurs accusations

Le ton monte sur la scène politique sénégalaise. Autrefois alliés du parti au pouvoir, Me Moussa Diop et Cheikh Oumar Diagne se retrouvent aujourd’hui face aux enquêteurs après leurs attaques publiques contre le Premier ministre Ousmane Sonko. Les deux leaders politiques sont convoqués ce vendredi à la Sécurité Urbaine de Dakar, une procédure judiciaire qui fait suite à leurs récentes déclarations jugées particulièrement graves.
Selon L’Observateur, cette convocation intervient après une auto-saisine du procureur de la République, suite à des propos tenus publiquement par les deux hommes et visant directement le chef du gouvernement.
D’anciens alliés sont devenus des critiques du régime
Jusqu’à récemment, Me Moussa Diop, leader du parti Alternative générationnelle/Jotna (AG/Jotna), et Cheikh Oumar Diagne, secrétaire général du Rassemblement pour la vérité – et Ci Degg (Rv-Acd), figuraient parmi les partisans du camp désormais au pouvoir.
Mais depuis plusieurs mois, les deux dirigeants politiques ont pris leurs distances avec le régime et se positionnent désormais parmi les critiques les plus virulentes du Premier ministre Ousmane Sonko.
Selon L’Observateur, ce sont précisément leurs dernières déclarations médiatiques qui ont motivé l’ouverture de cette procédure.
Des accusations qui ont déclenché la saisine du parquet
Récemment invité sur un plateau de télévision, Me Moussa Diop a abordé la question sensible de l’homosexualité et aurait affirmé que le Premier ministre Ousmane Sonko aurait des « amis homosexuels ».
De son côté, Cheikh Oumar Diagne est allé encore plus loin en accusant publiquement le chef du gouvernement d’avoir « tué l’étudiant Abdoulaye Bâ », un étudiant en médecine décédé lors des dernières manifestations à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).
Ces déclarations ont amené le parquet à ouvrir une procédure, aboutissant à la convocation des deux hommes politiques devant les enquêteurs de la Sécurité Urbaine.
Toujours selon L’Observateur, cette convocation soulève plusieurs questions : les deux dirigeants politiques seront-ils en mesure d’apporter des preuves solides pour étayer leurs accusations ou devront-ils répondre devant la justice de propos jugés infondés ?
Le risque de poursuites pour diffusion de fausses nouvelles
Pour l’avocat Ousseynou Gaye, les propos tenus par les deux hommes ne relèvent pas d’un simple débat politique.
Contacté par L’Observateur, l’avocat estime que ces déclarations sont extrêmement graves.
“Comment une déclaration politique peut-elle amener quelqu’un à dire des choses aussi scandaleuses ? “C’est grave de dire que le Premier ministre a des amis homosexuels sans pouvoir le prouver”, dit-il.
Selon lui, Me Moussa Diop et Cheikh Oumar Diagne pourraient être poursuivis pour diffusion de fausses nouvelles, un délit pénal prévu par la loi sénégalaise.
L’avocat rappelle également qu’en matière de diffamation, la procédure prévoit la possibilité pour l’auteur des propos d’invoquer l’exception de vérité, c’est-à-dire la capacité de prouver les faits avancés.
« Lorsqu’une personne est poursuivie en diffamation, elle dispose normalement d’une dizaine de jours pour prouver ses accusations », explique Me Gaye.
Il regrette cependant que dans certains cas, les procédures ne soient pas toujours strictement appliquées, les suspects pouvant être rapidement placés en détention avant même d’avoir eu la possibilité de fournir des preuves.
De lourdes sanctions prévues par la loi
Les sanctions prévues par la législation sont loin d’être symboliques.
Toujours selon L’Observateur, l’avocat précise que :
• La diffusion de fausses nouvelles peut être punie de 5 à 10 ans de prison.
• La diffamation, quant à elle, peut entraîner une peine de 1 à 5 ans d’emprisonnement.
Autant dire que l’issue judiciaire de cette affaire pourrait avoir de lourdes conséquences pour les deux dirigeants politiques.
La crédibilité politique est également en jeu
Mais les risques ne sont pas seulement juridiques. Les déclarations des deux hommes pourraient également avoir des conséquences politiques importantes.
L’enseignant-chercheur à l’UCAD, le professeur Demba Guèye, estime que la gravité des propos doit être appréciée différemment selon les cas.
Selon lui, la convocation de Me Moussa Diop peut se comprendre car ses déclarations pourraient porter atteinte à l’honorabilité du Premier ministre.
Il estime en revanche que les propos de Cheikh Oumar Diagne relèvent davantage du débat politique, notamment sur la gestion des manifestations et des crises universitaires.
« Cheikh Oumar Diagne ne court aucun risque politique », estime l’analyste.
A l’inverse, il juge que Me Moussa Diop s’est engagé dans un débat qu’il qualifie de « bas de gamme », ce qui pourrait nuire à sa crédibilité d’homme politique.
Pour le professeur Demba Guèye, certaines discussions peuvent exister dans l’espace public ou sur les réseaux sociaux, mais un leader politique doit faire attention à la nature des sujets qu’il aborde sur un plateau de télévision.
Un débat sur la liberté d’expression en politique
Au-delà de l’affaire elle-même, cette convocation relance le débat sur les limites de la liberté d’expression dans le domaine politique au Sénégal.
Le professeur Demba Guèye rappelle que l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko, lorsqu’il était dans l’opposition, avait lui-même tenu par le passé des propos très virulents contre le régime de Macky Sall.

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