Sénégal, lancement du projet DICE Africa pour booster l’économie circulaire par le numérique

(SénéPlus) – Le Sénégal a probablement lancé, mardi 31 mars à Dakar, le projet Digital Innovation for Circular Economy (DICE) Africa, une initiative régionale destinée à soutenir les petites et moyennes entreprises engagées dans l’économie circulaire à travers l’innovation numérique. Réunissant représentants de l’État, partenaires techniques et financiers, chercheurs, entrepreneurs et acteurs de la société civile, l’atelier national de lancement a permis de poser les bases d’un programme qui ambitionne de renforcer les chaînes de valeur circulaires tout en favorisant l’inclusion économique des jeunes et des femmes.
Porté par le Nigeria Climate Innovation Centre (NCIC) et soutenu financièrement par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada, le projet s’inscrit dans un contexte où l’économie suscite régulièrement un intérêt croissant en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, cette dynamique repose déjà sur un tissu d’initiatives entrepreneuriales, notamment dans la gestion des déchets, la transformation de matières et la valorisation de sous-produits. Mais ces activités restent encore largement fragmentées et confrontées à des difficultés de structuration et d’accès au financement. Selon les données présentées lors de l’atelier, la production nationale de déchets dépasse trois millions de tonnes par an, un volume qui représente à la fois un défi environnemental et une opportunité économique pour les entreprises innovantes.
Dans son allocution d’ouverture, l’ambassadeur du Canada au Sénégal, M. Marcel Lebleu, a souligné l’importance stratégique de l’économie circulaire pour concilier croissance, inclusion sociale et protection de l’environnement. « Pour le Canada, l’économie circulaire constitue un levier stratégique essentiel pour concilier durabilité environnementale, croissance économique et inclusion sociale », a-t-il déclaré, saluant les efforts engagés par les autorités sénégalaises pour intégrer cette approche dans les politiques publiques.
Le diplomate canadien a notamment mis en avant plusieurs initiatives nationales, dont l’interdiction des sachets plastiques à fort impact environnemental et la mise en place de la Société nationale de gestion intégrée des déchets (SONAGED). Selon lui, ces réformes témoignent d’une volonté politique forte d’engager le pays dans un modèle de développement plus durable. « Le Sénégal, par la force de ses ambitions et la clarté de sa vision, s’affirme comme un acteur majeur de la transition vers une économie circulaire en Afrique de l’Ouest », a-t-il affirmé.
Le projet DICE, soutenu par le Canada à hauteur de plus de 400 millions de francs CFA, vise précisément à accompagner cette transformation en misant sur l’innovation numérique. L’initiative prévoit notamment la production de données sur l’apport des technologies numériques dans les chaînes de valeur circulaires, le renforcement des capacités des PME, ainsi que la promotion de modèles économiques intégrant l’égalité de genre et l’accès au financement climatique.
Représentant le ministre sénégalais de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Serigne Abdou Lahat Sylla, chef du Bureau des services et usages du numérique, a insisté sur le rôle central des technologies dans cette transition. « Le Sénégal a fait de la transformation numérique un axe majeur de modernisation de l’action publique, de productivité économique, d’innovation et d’inclusion », at-il rappelé.
Selon lui, le projet DICE intervient à un moment clé où le pays cherche à articuler transformation numérique et développement durable. « En mettant l’innovation numérique au service de l’économie circulaire, ce projet ouvre des perspectives concrètes pour mieux valoriser nos ressources, améliorer l’efficacité de nos chaînes de valeur et encourager l’émergence de solutions locales innovantes », at-il expliqué, estimant que l’économie circulaire constitue désormais « une nécessité stratégique » qui invite à repenser les modes de production et de consommation.
De son côté, Flaubert Mbiekop, spécialiste principal des programmes au CRDI, a insisté sur la dimension transformatrice de l’initiative. Il a rappelé que l’institution canadienne accompagne depuis plusieurs décennies les pays en développement dans la recherche de solutions innovantes aux défis socio-économiques.
« Dans un contexte marqué par le changement climatique et les mutations de l’économie mondiale, l’enjeu du projet DICE est de créer une convergence entre croissance économique, action climatique et transformation numérique », at-il expliqué. Pour lui, l’objectif est de mobiliser l’ensemble des acteurs – pouvoirs publics, entreprises, chercheurs et communautés locales – afin de traduire les grandes orientations globales en solutions concrètes adaptées aux réalités locales.
Le programme prévoit ainsi des activités de recherche, de renforcement des capacités et de mobilisation de financements destinés aux entreprises circulaires. « Il s’agit de transformer des initiatives locales en projets bancables capables d’attirer des investissements et de générer un impact durable », a précisé Mbiekop, soulignant que le projet dispose d’un budget d’environ un million de dollars canadiens pour quatre pays (Nigéria, Ghana, Côte d’Ivoire et Sénégal) sur une période de trente mois.
Au-delà de l’appui institutionnel, le projet met également sur la créativité des innovateurs et des startups technologiques. Oluwatosin Ajide, responsable de programme au Nigeria Climate Innovation Centre et coordinateur principal de DICE Africa, a indiqué que l’une des premières étapes consistera à identifier les entrepreneurs capables de proposer des solutions numériques adaptées aux défis de l’économie circulaire.
« Nous voulons d’abord cartographier les innovateurs et mettre en lumière ceux qui développent des solutions capables d’améliorer les entreprises circulaires », at-il expliqué. Dans cette perspective, un hackathon sera organisé afin de mobiliser les talents locaux et encourager la conception d’outils numériques au service des chaînes de valeur circulaires.
Selon Ajide, les idées issues de ce processus seront intégrées dans une future plateforme numérique destinée à soutenir l’écosystème de l’économie circulaire au Sénégal. « Les solutions proposées par les innovateurs joueront un rôle central dans la construction de cette plateforme et dans l’amélioration des modèles économiques des entreprises circulaires », at-il précisé.
Les prochains mois seront consacrés à une phase de recherche approfondie visant à analyser l’état actuel de l’économie circulaire dans le pays, à identifier les principaux obstacles rencontrés par les PME et à définir les solutions numériques les plus pertinentes. L’objectif est de bâtir un écosystème capable de structurer les chaînes de valeur, de faciliter la mise en relation des acteurs et d’améliorer l’accès au financement.
À travers le projet DICE, les partenaires entendent ainsi poser les bases d’une transformation durable de l’économie circulaire en Afrique de l’Ouest. Pour les organisateurs, l’enjeu dépasse la simple mise en œuvre d’un programme de coopération. Il s’agit, à plus long terme, de créer un cadre favorable à l’innovation, à l’entrepreneuriat et à la transition écologique dans une région confrontée à des défis environnementaux et économiques majeurs.



