Sénégal : quand les banques gardent l’argent des morts et laissent les familles dans la détresse

XALIMANEWS : Au Sénégal, derrière les façades modernes des banques et les discours sur l’inclusion financière, se cache une tragédie silencieuse qui touche des milliers de familles : celle des comptes bancaires laissés par les défunts et qui sont devenus pratiquement inaccessibles pour leurs héritiers.
Chaque année, des milliards de francs CFA appartenant à des personnes décédées restent immobilisées dans les caisses des établissements bancaires, tandis que leurs veuves, leurs enfants ou leurs proches sombrent parfois dans la précarité.
Un parcours du combattant pour les héritiers
En théorie, la loi prévoit des mécanismes clairs pour la transmission des biens après le décès. Mais en pratique, les héritiers se retrouvent confrontés à un véritable parcours du combattant.
Entre actes de succession, décisions de justice, multiples documents requis et démarches administratives interminables, les familles doivent souvent attendre des mois, voire des années, avant d’espérer récupérer les fonds laissés par leurs proches.
Pour certaines veuves, déjà fragilisées par la disparition du chef de famille, ces blocages se traduisent par une situation dramatique : impossibilité de payer les frais de scolarité, difficulté à subvenir aux besoins quotidiens ou à honorer les dettes laissées par le défunt.
Des pratiques bancaires pointées du doigt
Plusieurs observateurs dénoncent des pratiques bancaires opaques, parfois marquées par une conservation abusive de documents ou des exigences supplémentaires non prévues dans les textes.
Dans certains cas, les héritiers prétendent même que les banques prolongent volontairement les procédures, ce qui a pour conséquence de laisser dormir des sommes importantes sur leurs comptes pendant des années.
Ce phénomène soulève une question fondamentale : à qui profitent réellement ces milliards immobilisés ?
Les règles communautaires souvent ignorées
Toutefois, au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, plusieurs directives visent à renforcer la transparence bancaire et la protection des clients, y compris dans la gestion des comptes inactifs.
Mais sur le terrain, de nombreuses familles dénoncent un mépris des règles communautaires et un manque de contrôle des autorités financières.
Un enjeu social et économique majeur
Au-delà des cas individuels, la question des comptes dormants pose un problème économique majeur.
Dans un pays où une grande partie de la population reste vulnérable, ces fonds immobilisés représentent des ressources vitales pour les familles dans le besoin immédiat.
Les spécialistes estiment que plusieurs dizaines de milliards de francs CFA pourraient être touchés, une somme qui pourrait changer la vie de nombreuses familles si elle était restituée dans un délai raisonnable.
L’urgence de la réforme
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour réclamer une réforme profonde du système.
Parmi les pistes évoquées :
• la simplification des procédures successorales,
• la création d’un mécanisme public de contrôle des comptes dormants,
• l’obligation pour les banques de publier régulièrement la liste des comptes inactifs.
Pour beaucoup, c’est avant tout une question de justice sociale. Car derrière chaque compte bloqué se cache souvent une famille en deuil qui lutte simplement pour récupérer ce qui lui appartient.
Dans un contexte où la confiance dans les institutions financières reste fragile, la gestion des comptes dormants pourrait bien devenir l’un des prochains grands débats sur la gouvernance bancaire au Sénégal.



