Silence et dissimulation au sommet des finances publiques

(SenePlus) – Dans une enquête signée Thaïs Brouck et publiée ce mardi 25 mars par Jeune Afriquede nouvelles révélations viennent fragiliser la ligne de défense du gouvernement sur sa gestion financière. Outre l’implication inattendue de la Société Générale dans des montages périlleux, c’est la disparition troublante de documents officiels qui jette un froid sur la relation de confiance entre Dakar et ses bailleurs de fonds.
L’État se retrouve acculé face aux critiques concernant les levées de fonds jugées opaques. Pour éviter l’asphyxie financière, le gouvernement a eu recours à des instruments dérivés complexes, les « Total Return Swaps » (TRS), pour un montant global de 750 millions d’euros. Si les noms de certains crédits circulaient déjà, l’enquête du journaliste Thaïs Brouck apporte un éclairage inédit sur ce dossier sensible : la banque française « Société générale à également prêté 100 millions d’euros » à l’État lors de la même période.
Le recours aux TRS est loin d’être une opération classique. Pour obtenir ces liquidités, le Sénégal a dû gager des obligations souveraines dont la valeur largement les sont perçues, octroyant de fait une priorité de remboursement à ces institutions bancaires privées. Ce mécanisme est pointé du doigt pour son extrême dangerosité.
Interrogé par Jeune Afriquel’économiste Martin Kessler ne mâche pas ses mots : « Ce sont des contrats très dangereux et contraignants pour l’émetteur ». Le risque majeur réside dans les pénalités colossales qui s’abattent sur le pays en cas de défaut de paiement d’ici 2028. L’expert décrit une véritable fuite en avant où le gouvernement pare au plus pressé pour éviter la faillite, « mais la situation d’endettement s’aggrave jusqu’au jour où elle ne sera plus soutenable ». Par ailleurs, la nature même de ces contrats rendrait d’éventuelles négociations de restructuration presque impossibles.
L’étrange disparition des documents officiels
Face aux accusations de dissimulation, le ministère des Finances et du Budget a rapidement publié un communiqué révélant une stratégie totalement assumée et transparente. Pourtant, le média panafricain relève une anomalie qui écorne sérieusement cette version des faits et remet en cause la bonne foi des autorités.
Selon les sources du magazine, « le recours aux TSR avait bien été mentionné dans une première version du plan de financement 2025 publiée sur le site du ministère ». Ou bien, cette trace de transparence a mystérieusement disparu. Le journaliste constate que, « après vérification, la version finale publiée sur le site du ministère n’en fait plus mention ». Une modification silencieuse qui renforce le sentiment d’opacité entourant ces transactions.
Ce déficit de transparence risque de coûter cher au Sénégal sur la scène internationale. Alors que Dakar tente désespérément de renouer avec le Fonds monétaire international (FMI) pour décrocher un nouveau programme d’aide vital, la révélation de ces montages obscurs érode la confiance de l’institution de Bretton Woods.
Si le FMI a confirmé à Jeune Afrique être au courant de l’existence de ces swaps, l’institution précise que les « conditions de ces swaps n’ont pas été communiquées ». Aux yeux de Martin Kessler, ce silence volontaire illustre un grave « manque de transparence, notamment sur l’aspect particulièrement contraignant de ces TSR et leurs taux élevés ».
Dans l’attente d’une trajectoire budgétaire plus saine, ces emprunts toxiques sont désormais perçus par plusieurs économistes comme une ligne rouge franchie par l’État, menaçant directement les négociations futures avec les partenaires financiers du pays.



