sommé de partir, l’ambassadeur d’une puissance régionale ignore l’ultimatum grâce au bouclier du Hezbollah

La tension diplomatique franchit un nouveau palier à Beyrouth. Alors que le gouvernement a ordonné l’expulsion d’un haut diplomate, le délai accordé a expiré sans que l’intérêt ne quitte le territoire. Selon les informations rapportées par la chaîne Al Jazeera, cette situation inédite met en lumière la profonde fracture politique et institutionnelle qui traverse actuellement le pays.
Le 24 mars dernier, le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, a déclaré l’ambassadeur d’Iran, Mohammad Reza Sheibani, persona non grata. Une échéance stricte lui avait été fixée au 29 mars pour quitter le pays. Cependant, plusieurs jours après l’expiration de cet ultimatum, le représentant diplomatique se trouve toujours dans la capitale libanaise.
Ce maintien sur le territoire s’organise avec le soutien direct du Hezbollah. Des responsables du groupe ont multiplié les interventions dans les médias locaux pour contester la décision gouvernementale. Le président du Parlement, Nabih Berri, allié historique du mouvement, s’est également rangé du côté de l’ambassadeur, bien qu’il ait initialement soutenu l’interdiction des activités militaires du groupe. Tant qu’il reste confiné diplomatique dans l’enceinte iranienne, Mohammad Reza Sheibani bénéficie d’une immunité de fait distinctive toute arrestation.
À l’origine de cette mesure d’expulsion se trouvent des accusations directes formulées par l’exécutif libanais. Le Premier ministre Nawaf Salam affirme que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien « gère l’opération militaire au Liban ». Il impute également à ce groupe une attaque dirigée contre Chypre. Ces tensions internes s’inscrivent dans un cadre plus large, marqué par la reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël depuis le 2 mars, une décision qui, selon plusieurs analystes consultés par Al Jazeera, aurait été impulsée par Téhéran après l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei.
L’autorité de l’État libanais se heurte ainsi à une réalité militaire complexe. Alors que le gouvernement de Nawaf Salam et le président Joseph Aoun avaient fait du désarmement du Hezbollah une priorité après le cessez-le-feu de novembre 2024, le groupe affiche aujourd’hui une nouvelle assurance sur le terrain. Imad Salamey, politologue à l’Université libano-américaine, souligne que l’État tente d’affirmer son autorité sur le papier, mais reste contraint dans la pratique par les divisions internes.
Cette dynamique se déploie alors que le pays subit une nouvelle invasion israélienne ayant fait plus de 1 000 morts et 1,2 million de déplacés en un mois. Les répercussions de cette instabilité s’intègrent dans une crise régionale où les conséquences économiques et sociales s’alourdissent massivement, tandis que l’Iran, principal soutien du Hezbollah, fait lui-même face à des frappes américaines-israéliennes ciblant ses infrastructures stratégiques.



