Sonko assume une “cohabitation douce” avec Diomaye

Le Premier ministre et président du Pastef, Ousmane Sonko, a organisé ce dimanche 1er mars une séance de questions-réponses avec les militants de son parti dans un contexte de tensions persistantes au sommet de l’État.
Dans un direct diffusé sur les réseaux sociaux, Ousmane Sonko a répondu pendant près de deux heures aux préoccupations de ses militants sur fond de spéculations autour de ses relations avec le président Bassirou Diomaye Faye et le devenir de la coalition présidentielle.
Face aux inquiétudes exprimées par plusieurs militants, le chef du gouvernement a balayé les rumeurs de divisions internes. “Il n’y a pas de problème au sein du Pastef. Il y avait juste un moment de clarification qu’il fallait poser”, a-t-il déclaré.
S’agissant de la coalition “Diomaye Président”, qui cristallise les tensions depuis novembre dernier, Sonko a adopté une ton ferme. La controverse a éclaté après que le président Faye a révoqué Aïssatou Mbodj de la tête de cette coalition pour nommer à sa place Aminata Touré, ancienne Première ministre sous Macky Sall. Une décision que le bureau politique du Pastef a catégoriquement rejetée dans un communiqué du 11 novembre 2025.
“Cette coalition n’a pas réussi à prendre des militants de Pastef”, a affirmé le Premier ministre ce dimanche, ajoutant que la situation constituait “une aubaine pour le Pastef”. Selon lui, cette coalition se positionne plutôt en concurrence avec d’autres formations politiques qu’avec son parti. “Ceux qui sont dans cette coalition ne peuvent gagner une cabine téléphonique”, a-t-il lancé.
Le chef du gouvernement a exhorté ses militants à ne plus perdre leur temps avec cette question : “Je ne veux plus que les militants de Pastef parlent de cette coalition. Cette coalition s’identifie dans la majorité donc pourquoi en parler ?”
Ousmane Sonko a également levé le voile sur un épisode récent qui avait alimenté les rumeurs de tensions : le repas de rupture du jeûne organisé par le président Faye avec les députés du Pastef au palais présidentiel.
Une “cohabitation douce” assumée
Il a expliqué s’être opposé à cette rencontre au palais, estimant que ce cadre n’était pas approprié pour un tel échange. “Je suis allé d’abord au palais et j’ai trouvé les coordinateurs du parti”, at-il précisé, ajoutant qu’il avait recommandé au chef de l’État de trouver un autre endroit. Le président aurait néanmoins maintenu sa décision.
Sur les relations entre la présidence et la primature, Sonko a fourni des précisions importantes. “Pastef est au cœur de la gouvernance”, a-t-il affirmé, soulignant que tant qu’il serait Premier ministre, “la gouvernance reflétera le combat de Pastef”.
Il a décrit la situation actuelle comme une forme de « cohabitation douce » entre le président et lui-même. “Si le président est aligné à son parti, le débat ne se pose pas. Si le président n’est pas aligné à son parti, on est dans une situation que je qualifie de cohabitation douce”, at-il expliqué.
Le Premier ministre a insisté sur le fait qu’il ne se focalisait pas sur un poste particulier. “Mon avenir dans le gouvernement n’est pas le plus important”, at-il déclaré, ajoutant que l’essentiel était de réaliser le programme pour lequel ils avaient été élus.
Ces tensions politiques se produisent dans un contexte économique délicat pour le Sénégal. Le pays fait face à une dette record équivalente à 132% de son PIB, tandis que le FMI a suspendu un programme d’aide de 1,8 milliard de dollars après la découverte de plus de 11 milliards USD de dettes cachées.
Au-delà des questions politiques, Sonko a fixé ce qu’il a qualifié “d’ordre de bataille” pour son parti : “aller à la rencontre des Sénégalais”, se mettre au travail et se concentrer sur l’essentiel. Il a annoncé la reprise de sa tournée nationale pour rencontrer les militants à la base dans tous les départements.
Le Premier ministre a également révélé le lancement imminent de 400 000 premières cartes biométriques de membres, avec un objectif d’atteindre un million de militants munis de cartes numériques comportant un numéro unique.
En conclusion, Sonko a appelé ses militants à la patience et au sacrifice : “Aucun pays ne se construit d’un coup de baguette magique et surtout pas le Sénégal”, at-il déclaré, promettant une communication régulière avec la base militante.
Cette intervention marque une tentative de clarification dans un contexte où, comme l’analyse The Conversation, “une dynamique ‘Pro-Sonko’ s’oppose à une dynamique ‘Pro-Diomaye'”, menaçant la cohésion de la coalition au pouvoir.

