Société, Culture

Surproduction maraîchère au Sénégal, combien de fois allons-nous répéter la même crise ?

(SénéPlus) – Nous sommes au début du mois de mars. Et encore une fois, les prix des légumes s’effondrent sur les marchés sénégalais. Ce phénomène n’est pas nouveau. L’année dernière déjà, entre mars et avril, des tonnes de légumes ont été bradées, abandonnées ou tout simplement jetées par des producteurs incapables de vendre leur production à un prix couvrant leurs coûts.

Cette année, la situation revient presque dans les mêmes conditions.

Pourtant, les chiffres sont connus.

Lorsque l’offre agricole devient abondante, les prix chutent brutalement. En janvier 2026, les prix des produits alimentaires ont reculé de 1,3 %, avec une baisse de plus de 40 % pour certains légumes frais, principalement à cause de la surabondance de l’offre.

Dans certaines crises précédentes, les prix des légumes sont même tombés à des niveaux dramatiques :

• des sacs de choux passés de 20 000 FCFA à 3 000 FCFA,

• des sacs d’aubergines ou de jaxatu vendus à peine 100 à 150 FCFA le kilo. 

Autrement dit : le travail de plusieurs mois ne vaut parfois même pas le prix du transport.

Un système agricole profondément déséquilibré

Au Sénégal, le maraîchage repose essentiellement sur l’agriculture familiale.

Des milliers de petits producteurs cultivant quelques hectares, finançant eux-mêmes leurs entrants, prennent tous les risques climatiques… mais restent les plus fragiles dans la chaîne de valeur.

Face à eux se développe des exploitations agricoles industrielles, fortement mécanisées, disposant :

• de milliers d’hectares,

• de hangars de stockage,

• de chaînes logistiques organisées.

Pendant que les petits producteurs sont obligés de vendre immédiatement, ces grandes structures peuvent stocker, transformer et attendre les meilleurs prix.

La réalité est brutale :

ce n’est pas la production qui manque au Sénégal, c’est l’organisation du marché.

Un autre scandale silencieux : les pertes agricoles

Chaque année, 50% à 60 % des fruits et légumes produits au Sénégal sont perdus, faute d’infrastructures de conservation, de transformation et de distribution efficaces.

Imaginez cela.

Pendant que le pays parle de souveraineté alimentaire,

des tonnes de nourriture pourrissent dans les champs.

Une responsabilité partagée entre Agriculture et Commerce

Ce problème dépasse largement les producteurs.

Il interpelle directement :

• le ministère de l’Agriculture, pour la planification de la production, les infrastructures de stockage et l’accompagnement des producteurs ;

• le ministère du Commerce, pour la régulation du marché, la stabilisation des prix et l’organisation de la distribution.

Le Sénégal a déjà été obligé de suspendre temporairement la commercialisation de certaines productions industrielles en 2025 pour protéger les petits producteurs face aux excédents de marché. 

Mais ces mesures ponctuelles ne règlent pas le problème structurel.

Ce qu’il faut faire maintenant

Si nous voulons éviter que cette crise se répète chaque année, il faut des décisions fortes :

1. Mettre en place un système national de planification des cultures maraîchères

pour éviter les photos de surproduction.

2. Créer des centres régionaux de stockage et de conservation accessibles aux petits producteurs.

3. Développer massivement la transformation agroalimentaire locale

(séchage, conserves, surgelés).

4. Instaurer des mécanismes de prix planchers pour certaines productions stratégiques.

5. Organisateur des circuits d’écoulement structurés vers les marchés, les cantines scolaires, l’hôtellerie et l’export.

Une question simple aux décideurs

Combien de saisons encore allons-nous regarder

les agriculteurs produisent pour perdre ?

Produire est déjà un combat.

Mais dans un pays qui parle de souveraineté alimentaire,

Aucun producteur ne devrait être obligé de jeter sa récolte.

Le Sénégal a les terres.

Le Sénégal a les producteurs.

Le Sénégal à les compétences.

Ce qu’il manque aujourd’hui,

c’est une véritable stratégie pour protéger ceux qui nourrissent la nation.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button